‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 218 sur 314 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

celle du mérite. On sait au moyen de quels artifices le législateur de Sparte maintint dans sa république l'égalité et la concorde; on sait aussi que ces institutions sévères , opposées aux passions et même aux sentiments les plus légitimes de l'homme, comme les sentiments de famille, assurèrent pendant 500 ans l'existence et la tranquillité de la république. Nous ne croyons pas à toutes les traditions de l'antiquité; nous admettons même à ce sujet le scepticisme le moins complaisant; mais nous ne regardons pas moins l'histoire du législateur de Sparte comme une preuve convaincante de la nécessité d'institutions sociales et économiques, pour protéger et favoriser l'égalité chez un peuple intelligent , formé de la même race d'hommes, dont tous les individus ont le même culte, la même loi, et par conséquent les mêmes prétentions.

L'histoire de la législation de Solon , plus positive et plus certaine que celle de Lycurgue , commence aussi par une réforme économique, à peu près équivalente au partage des terres de la Laconie , et au jubilé de Moïse. Écoutons Plularque (1). « En ce moment, dit-il , l'inégalité et la discorde enîre » les pauvres et les riches étaient parvenues au plus haut point ; » le salut de la cité était compromis , et l'établissement de la » tyrannie semblait le seul moyen de mettre fin à la discorde. » Le peuple tout entier était le débiteur des riches; ou bien » il cultivait pour les riches leur payant la sixième partie du r> produit brut (t»f yivopivw) , et on l'appelait tributaire et mer- » cenaire; ou bien les pauvres empruntaient de l'argent en » offrant leur propre corps pour gage; ils devenaient ainsi la » marchandise des prêteurs qui les réduisaient en esclavage ; » les uns devenaient esclaves dans le pays même , d'autres » étaient vendus à des étrangers. Beaucoup même étaient obli- » gés de vendre leurs enfants (aucune loi ne le défendait) et de » s'expatrier à cause de la dureté des usuriers. Les plus nom- » breux et les plus forts d'entre le peuple se réunirent , s'exci- » tèrent à la résistance , et proposèrent de choisir un chef , de » délivrer tous ceux qui n'étaient pas en état de remplir leurs » engagements envers les riches, de partager le pays, et de » changer radicalement l'état des choses. »

(1) Plutarque. — Vie de Solon, ch. xiii, xiv et xv.

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