LIVRE IV
Les deux partis consentirent à choisir Solon et un autre Athénien appelé Philombrote, pour conciliateurs et pour chefs ; « ils acceptèrent Solon d'un commun accord , dit Plutarque, les riches parce qu'il était un homme aisé , les pauvres parce qu'il était un homme de bien (1).» Or, voici la première mesure que décréta Solon : il publia que toutes les dettes existantes étaient abolies , et qu'à l'avenir il était interdit de prêter à intérêts sur le corps d'un citoyen. Il dégréva en même temps toutes les terres des hypothèques que les prêteurs avaient prises sur elles, et fit arracher les poteaux qui annonçaient la servitude imposée par l'usure à la terre. Quelques écrivains , parmi lesquels Plutarque nomme Androtion , pensent que Solon n'abolit pas les dettes, mais qu'il se contenta de réduire le taux de l'intérêt ; Plutarque partage plutôt l'opinion générale qui attribue à Solon l'abolition complète des dettes. Il cite des fragments de poëmes en l'honneur de Solon , dans lesquels il est dit : « Solon trouva la terre esclave , et il l'a rendue libre ; les citoyens étaient devenus marchandise vénale, et il lésa ramenés dans leur pays, les uns ayant déjà oublié , dans l'esclavage, la langue de l'Attique , et ceux qui supportaient dans leur propre patrie les douleurs de l'esclavage , il les a affranchis. y>
De pareils remèdes sont dans la politique ce qu'étaient les martiaux de l'ancienne médecine : le législateur n'y a recours qu'à la dernière extrémité , lorsque tous les autres moyens de salut sont impuissants. Solon ne déclara l'abolition des dettes que pour éviter une plus grande révolution. Quand le peuple est tout entier débiteur des riches , et que les riches le font esclave, le respect pour les droits ne peut pas aller jusqu'à lui sacrifier la liberté , c'est-à-dire, l'existence du peuple.
C'est là un fait curieux, constaté par l'histoire, que, faute d'une sage constitution, des nations ont été réduites plus d'une fois à l'alternative ou de se sauver par la violation de quelques droits, ou de périr. Et , sans demander à l'antiquité des exemples, qu'est-ce que la révolution française , sinon une reprise
(1) AtÇctfxîvoiv 7rpo6v /xw? OtVTQV, coç fjàv iv7ropw} riïv ?rAov5f'ar9 «î <^