‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 223 sur 314 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

contre l'inviolabilité dont on voudrait couvrir à jamais les causes générales de la misère.

Une seule les résume toutes : le fait dominant de l'économie sociale actuelle, celui qui détermine tous les autres, celui qui fait les grandes fortunes et la misère, le fait provocateur de l'extrême inégalité et de l'anarchie, c'est la séparation de plus en plus absolue qui s'opère en industrie entre les deux éléments de la production, le capital et le travail; c'est l'antagonisme, la guerre intestine du capital et du travail, de l'instrument qui sert à produire et de l'homme qui l'emploie. C'est là , nous l'avons dit, dans la constitution ou plutôt dans l'absence de constitution de l'économie publique, que repose le principe de la misère et de la dégradation des classes laborieuses. Comment l'atteindre dans le sanctuaire même de la propriété et de la liberté , ce principe désorganisateur qui se réfugie ainsi sous la protection des choses le plus justement vénérées? Comment sauver les peuples dont il menace le bien-être , la moralité et l'existence, sans blesser les droits légitimes de la propriété et de la liberté? Par quel moyen terme concilier les droits de la propriété avec le bien-être économique et la tranquillité des peuples? Tel est le problème à résoudre. Le trancher d'un coup d'épée , à la manière d'Alexandre , en détruisant la propriété ou en sacrifiant à jamais le bonheur et la sécurité du peuple, ce n'est point dénouer la difficulté : l'anéantissement de la propriété ou la servitude des classes pauvres termineraient la discorde sociale comme la mort termine la maladie ; et c'est précisément ce qu'il s'agit d'empêcher !

La séparation toujours croissante du capital et du travail est donc le fléau de l'industrie : nous avons parlé plus haut de ses effets, mais il s'en faut beaucoup que nous les ayons énumérés tous. Le monde industriel est nettement divisé en deux classes opposées d'intérêts , sans la moindre solidarité morale, la classe des propriétaires des manufactures, des matières premières et instruments de travail de toute sorte, la classe des travailleurs salariés. Non-seulement les derniers ne participent en rien à la propriété des instruments du travail , mais tout moyen de s'élever à la propriété industrielle leur est interdit. Le capital n'obéit pas à d'autre loi qu'à celle des profils; chaque jour il essaye de se grossir aux .dépens du salaire, et, avee

Page 1