‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 225 sur 314 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pendant fort peu de temps de l'augmentation des produits , car les riches trouveraient bien vite le moyen d'accaparer pour eux seuls ces produits comme ils ont fait des premiers. Une faible part seulement consisterait en objets nécessaires à la subsistance de l'homme, et serait distribuée parmi la communauté. Mais presque tout serait employé en objets de luxe, et en superfluités à l'usage du riche; peut-être aussi que la réduction du prix des objets de luxe augmenterait le nombre des individus auxquels ces objets sont accessibles : Quant à la majeure partie de la communauté, elle ne profiterait nullement de cet accroissement de production. Les possesseurs privilégiés du capital ne donneraient pas à leurs inférieurs des salaires plus élevés pour vingt heures de travail , je suppose , qu'ils ne leur en donnent aujourd'hui pour dix. » Cette supposition de Godwin s'est réalisée, et , sans crainte qu'on nous accuse d'être un malintentionné ou un utopiste, nous affirmerons que les choses se passent ainsi en ce moment dans l'économie industrielle', et que la grande majorité des travailleurs salariés ne participe en rien aux progrès de la richesse publique, à l'abondance et au bon marché de la production. L'Angleterre, qui compte des millions d'individus mal nourris et à peine vêtus, porte le superflu de ses productions aux nations étrangères qui payent bien, et ne produit rien à l'usage de ses pauvres qui ne peuvent pas payer. L'Irlande, qui meurt de faim, exporte en Angleterre de magnifiques troupes de bétail et des monceaux d'orge et de froment; le peuple, privé de participation à la propriété du capital, est donc nécessairement privé de toute participation à ses produits.

A ce mai il n'y a d'autre remède que le rapprochement du capital et du travail, rapprochement qui ne peut s'opérer que de deux manières, ou en les associant ou en les confondant dans la même main, dans la même famille : le seul moyen de salut qui reste aux nations, c'est d'organiser le régime économique de façon que le travail ait la faculté de s'affranchir peu à peu de la dépendance absolue du capital, en conquérant une part, si minime qu'elle soit, de la propriété des instruments qu'il emploie; mais pour réaliser ces nouvelles conditions industrielles , il ne faudra pas moins que toute l'intelligence et toute la générosité dont l'homme civilisé est capable.

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