‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 227 sur 314 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'un sanglant et terrible prélude , et le traité de concorde et de paix n'a pas besoin d'être précédé par la guerre. Le ministère de Turgot prouva à notre pays que cette pacifique métbode de salut public n'est pas impraticable, et, si Paveuglement de la cour l'avait laissé faire, il aurait, nous n'en doutons pas, rendu la révolution inutile. « La plus grande de toutes les puissances, disait Turgot à Louis XVI, qui reculait devant la difficulté des réformes , est une conscience pure et éclairée dans ceux à qui la Providence a remis l'autorité; c'est le désir prouvé de faire le bien (1). » Ainsi, ce sont les gouvernements qui décident, par leur sagesse ou leur folie , à quelle méthode de salut une nation doit confier la guérison de ses maux : à la méthode pacifique des réformes ou à celle des révolutions ! Nous n'avons pas besoin de nommer celle que nous préférons , et nous espérons assez de la sagesse du pouvoir quel qu'il soit, pour croire qu'il n'abdiquera plus désormais sa tâche en faveur d'une révolution : l'avenir et un prochain avenir jugera notre espérance.

Comment la législation et le pouvoir politique peuvent-ils exercer une action sur un fait purement économique, comme la séparation du capital et du travail? L'intervention de la loi en pareille matière est-elle juste, est-elle possible? Pour rassurer d'avance les scrupules de ceux qui craindraient que la grande cause de ruine des peuples fût sous la protection d'une inviolabilité sacrée, nous emprunterons à M.deSismondi les paroles suivantes , qui feront voir qu'un homme de bien peut réclamer sans cr ime le rapprochement par l'intervention de la loi du capital et du travail. « Ce n'est point une conséquence de » la nature de l'homme ou de celle du travail, dit M. de Sis- » mondî, que la coopération de deux classes de citoyens oppo- » sées d'intérêts pour accomplir toute espèce d'ouvrage. Je » veux dire la classe des propriétaires du travail accumulé, » qui se reposent , et la classe des hommes qui n'ont que leur » force vitale, et qui offrent de travailler. Leur séparation, » leur opposition d'intérêts, est la conséquence de Vorganisa- » tion artificielle que nous avons donnée à la société humaine.

(1) OEuvres complètes de Turgot, t. vin, p. 589. Mémoire au roi sur les municipalités,

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