‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 23 sur 314 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

progrès de l'industrie ont appauvrie et dégradée , qui n'a participé au mouvement social que pour déchoir : malheureusement elle n'est pas seule , et la majorité des travailleurs industriels ont subi la même loi. Ou leur condition physique, ou leur condition morale, ou toutes les deux à la fois, ont sensiblement baissé sous la pression des lois économiques qui règlent la production et les rapports des producteurs entre eux : démontrons cette triste et exacte proposition.

Les faits la confirment, et cependant, dans l'état actuel des sciences économiques, elle est un paradoxe : ne serait-ce pas déjà en sa faveur une présomption de vérité?

Depuis l'ouvrage de Moheau intitulé : Recherches et considérations sur la population de la France (1778) , tous les économistes ont tenir absolument à prouver que tout allait de bien en mieux pour les classes ouvrières , et qu'elles prenaient une large part à l'amélioration progressive dans le régime économique des nations. M. Villermé, dans le livre précieux auquel nous devons les faits les plus importants que nous possédions sur la population laborieuse en France , n'en excepte formellement que les tisserands; mais, dans la suite de son livre, il en excepte , les uns après les autres à peu près , tous les ouvriers des industries qu'il a étudiées. D'où vient cette inconséquence chez un écrivain à qui la vérité ne faisait pas peur, comme le prouvent presque toutes les pages de son livre? C'est que M. Villermé a pris l'augmentation des besoins chez la classe ouvrière pour l'augmentation des moyens de les satisfaire, les progrès partiels de certaines classes d'artisans, pour le progrès général de la classe laborieuse. Sauf quelques rares exceptions , M. Villermé a trouvé que les salaires de la grande majorité des ouvriers en coton , en laine et en soie, les trois branches principales du travail mécanique , étaient partout incertains et insuffisants ; que la moralité de ces ouvriers était généralement corrompue, et que les habitudes de l'industrie en grands ateliers favorisaient la dépravation. L'avantage de manger du pain de froment au lieu du pain de seigle, d'être vêtu de laine au lieu de toile grossière, compense-t-il pour les ouvriers l'incertitude croissante du travail, la destruction des liens de famille , et la dégradation progressive de la moralité?

Page 1