CHAPITRE IV
ment d'accord avec l'intérêt et le bon plaisir du propriétaire, est pour le pays une cause de dépopulation ou de misère.
Quand la propriété est séparée du travail, le devoir du législateur est de veiller à ce que la terre qui nourrit la nation ne reste pas stérile entre les maisons oisives qui la possèdent; il doit empêcher que l'orgueil ou l'imbécillité paralysent les pouvoirs producteurs du sol ; et ce résultat ne s'obtient qu'en favorisant au travail l'usage et même la propriété du sol. Le contrat par lequel le propriétaire prêle sa terre au cultivateur qui doit la mettre en valeur, a la plus haute importance, et le but de la loi doit être de le rendre aussi avantageux que possible au travail. Il faut que , par ce contrat , le propriétaire cède , en retour du fermage, tous les droits de propriété nécessaires pour que l'occupant puisse, en toute sécurité, enrichir le sol de son industrie. Le seul moyen de donner au cultivateur l'indépendance nécessaire au travail , c'est de favoriser les beaux à long terme (1); c'est de faire surtout que le propriétaire tienne compte à son fermier des améliorations qu'il aura faites à sa terre.
Mais, avec le meilleur système de fermage, il est possible que la grande majorité de la population agricole soit réduite à l'extrême misère : c'est le cas de la Grande-Bretagne. En Angleterre, le contrat du fermage est parfaitement d'accord avec les intérêts légitimes des contractants , et il favorise autant qu'on doit le désirer les progrès de l'agriculture. Dans ce pays où la propriété du sol est concentrée entre les mains d'une oligarchie peu nombreuse , le fermier n'est pas ce que nous appelons un cultivateur, mais un entrepreneur de travail , et comme le délégué et le représentant de la grande propriété. Les terres sont louées par milliers d'acres à un capitaliste qui, moyennant une redevance à la propriété, achète le droit d'appliquer son capital à l'exploitation du sol et des populations qui le couvrent. Le fermier capitaliste, qui par cette qualité se trouve à peu de chose près l'égal du maître , le gentleman
(1) Il y a certaines améliorations agricoles comme le marnage, dont l'effet se fait sentir pendant plus de quinze ans. Un fermier à court bail fera-t-il l'avance du travail nécessaire pour marner une terre , s'il n'a pas l'espoir de profiter de cette avance?