LIVRE IV
[armer 7 est en mesure de faire ses conditions à la propriété; le fermage , dans ce cas , est un contrat vraiment libre entre deux parties qui ont également besoin l'une de l'autre ; c'est une convention entre deux capitalistes. Dans cette organisation, si favorable au capital sous ses deux formes, le sol ou le capital accumulé, il n'y a rien pour la grande majorité de la population agricole; elle est abandonnée sans aucune espèce de protection à l'incertitude de l'existence, à l'oppression et à la misère. Il ne suffit donc pas seulement d'établir dans un pays un bon système de fermage, il faut que chaque chef de famille industrieux ait les moyens de participer à la propriété ou à l'usage direct de l'instrument du travail.
Eh bien ! voici l'Irlande; là chaque famille, chaque individu, a sa parcelle de terre, tout le monde est fermier , et l'Irlande meurt de faim! Ici le fermage n'est plus un contrat : c'est le bon plaisir, le caprice et la cupidité des agents du propriétaire qui en dictent les conditions. La terre n'est pas affermée à un cultivateur, elle est louée par parcelles insuffisantes pour entretenir une famille , et cela pas même à l'année, mais au mois, à la semaine, et presque à la journée, comme le logeur loue au pauvre un grabat pour la nuit! Et le loyer est si élevé qu'il prend au malheureux tenancier tout le produit qu'il peut tirer de la terre !
En présence de pareils faits , qui osera soutenir que la société, sous peine de manquer à son premier devoir , n'est pas tenue de régler, par des lois conçues du point de vue de l'intérêt national, le contrat par lequel la propriété passe du détenteur oisif dans les mains du travailleur? L'étendue des fermes, la durée des baux, tous les rapports économiques du fermier avec le propriétaire, doivent être réglés par des lois , dont le but avoué sera de protéger et de favoriser le travail. Mais ce but ne peut être entièrement atteint que par les lois qui règlent la transmission de la propriété, le plus important de tous les faits économiques et dont nous allons nous occuper , quand nous aurons dit quelques mots sur la nécessité de soumettre a des règlements l'exercice de la propriété industrielle ou celle des capitaux proprement dits.