DE L'EXERCÏCE DE LA PROPRIÉTÉ DES CAPITAUX
L'exercice de la propriété foncière est déjà , comme nous l'avons dit, soumise dans tous les pays à des règlements qu'il s'agit seulement de compléter et de mettre en accord avec le véritable intérêt des peuples; pour la propriété des capitaux , au contraire, il reste presque tout à faire , car elle est affranchie de toute surveillance sociale, et sa seule loi est le laisserfaire ; sauf quelques prescriptions fort peu nombreuses , le capital est absolument libre de faire à son gré des misérables et d'user à son service la vigueur et la moralité des populations qu'il met sous sa dépendance. Étrange contradiction! notre époque est si jalouse de liberté qu'elle désarme de plus en plus le pouvoir 5 et, en même temps qu'elle limite l'autorité des gouvernements , elle laisse le capital , force aveugle, qui n'a d'autre intelligence que celle de son intérêt , usurper chez les nations un pouvoir absolu, et jusqu'au droit de vie et de mort ! D'après ce bel axiome, que le capital est le meilleur juge du parti le plus avantageux à tirer de sa force, on lui abandonne à discrétion l'existence, la sanlé, l'intelligence et la moralité des classes pauvres; on lui accorde la monstrueuse faculté de créer dans nos villes populeuses une véritable population irlandaise! Et on appelle cette étrange tolérance la liberté de l'industrie!
A l'exception de la loi sur le travail des enfants dans les manufactures , qui n'est encore qu'un projet chez nous (1) , il n'y a pas un seul règlement imposé au capital en faveur des populations qu'il entasse autour de lui , et qu'il exploite à la
(î) Cette loi , que nous regrettons de ne pouvoir plus discuter, vient d'être votée par la chambre des députés.