‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 236 sur 314 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Je n'ignore pas la difficulté de la réforme industrielle, mais je crois qu'on l'exagère à dessein, parce que beaucoup de gens sont intéressés à ce qu'on la croie impossible. La plus grande force des abus vient de ce qu'on les attaque isolément, sans méthode ; si on leur opposait un système qui les combattît tous, dans leur principe, je ne crois pas qu'ils opposeraient une résistance si opiniâtre.

Une société qui aurait le souci de sa conservation matérielle et morale, déclarerait franchement qu'elle se propose de favoriser le bien-être général , et de s'opposer par tous les moyens à ce que, loin d'avancer en aisance et en moralité, le peuple dégénère et s'abaisse. Elle ferait le code du travail, et établirait, au moyen d'institutions économiques et politiques , une solidarité réelle entre celui qui commande le travail et l'ouvrier. Déjà nous avons vu un économiste pratique de l'Angleterre (1) , réclamer pour les classes réduites au salaire de l'industrie les bienfaits de cette solidarité.

Par exemple, lorsque le capital accumulé s'engage dans l'industrie , la loi ne devrait-elle pas intervenir pour lui poser les conditions auxquelles il lui sera permis d'employer les hommes à son profit? On se plaint et avec raison de l'agglomération de la population dans quelques villes , comme d'un fait désastreux qui ruine avec une effrayante énergie le corps et la moralité des populations. Mais pourquoi ne met-on pas obstacle à l'entassement de la population dans les quartiers immondes des villes d'industrie? Pourquoi ne pas dire à ceux qui bâtissent les manufactures : Il est dans l'intérêt de la santé et de ia morale publiques, que vos usines soient situées hors des villes, à l'influence de l'air des campagnes, non-seulement pour empêcher vos ouvriers de pourrir dans les chambrées infectes des logeurs, mais surtout pour rendre possible la combinaison des travaux agricoles avec ceux de l'industrie , combinaison que les perfectionnements du travail mécanique rendent inévitable. Tous les jours vous remplacez les bras de l'homme par les doigts de l'enfant et de la femme ; il n'y a pas de place dans les villes pour les ouvriers hors d'emploi : les champs seuls peuvent les nourrir, et les villes n'ont que des jardins. La loi ou

(1) Voyez plus haut, p. 57 et suiv.

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