‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 238 sur 314 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d'instruction mutuelle qui élève rapidement le niveau de son intelligence : par exemple , l'institution du jury est un bienfait précieux pour les hommes qu'elle appelle à l'honneur d'être les interprètes de la conscience publique ; elle favorise très-efficacement dans la classe moyenne les progrès de l'égalité intellectuelle en rapprochant pendant un certain nombre de jours des hommes pris à des degrés différents d'instruction , de valeur naturelle ou de culture. Pourquoi les travailleurs seraientils exclus des bienfaits de la vie publique? Pourquoi tout commerce intellectuel et moral avec le reste de la société leur serait-il interdit? Pourquoi le travail n'aurait-il pas ses représentants dans la commune et dans l'État? Sans vouloir copier le moyen âge, ne pourrions-nous pas lui emprunter de bons exemples? La commune affranchie n'élait-elle pas une association de travailleurs, dans laquelle chaque métier avait sa voix et sa bannière? Nous reviendrons sur ces idées lorsque nous traiterons plus particulièrement de la constitution de l'industrie.

L'intérêt de la société, plus encore que celui des travailleurs salariés, réclame l'établissement d'une solidarité économique entre le capital et le travail. La séparation de ces deux éléments , nous l'avons vu , crée autour des foyers de l'industrie une nombreuse population flottante, qui ne tient à rien, ni aux hommes ni aux choses , qui ne relève que du hasard et de la misère. Cette population, ou plutôt ces débris de population, il faut les réunir , les fixer, en créant à ceux qui l'emploient des devoirs envers elle. Les capitalistes et entrepreneurs de travaux industriels ne sont-ils pas responsables envers la société des populations qu'elle leur confie? Est-il juste que le corps social porte la peine de l'imprévoyance ou de la cupidité de l'industrie? Le meilleur moyen de prévenir l'abus que le capital fait des populations ne serait-il pas de mettre en grande partie à sa charge la misère qui résulte de l'incertitude des travaux industriels ou de l'insuffisance des salaires ? Nous avons vu M. Fletcher , dans son enquête si remarquable , proposer comme moyen de relier les intérêts de l'ouvrier à ceux des manufacturiers , de mettre la plus grande partie de la taxe des pauvres au compte des profits et pertes des chefs d'industrie. Les peuples qui entrent après nous dans la carrière industrielle

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