‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 244 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

blic pour but est bien simple en pareil cas : il se borne à favoriser toujours la division du droit et des avantages de la propriété, et à régler et même empêcher quelquefois le morcellement de la chose appropriée ou l'instrument du travail. Il est temps que la législation s'élève au-dessus des grossières idées de la barbarie et qu'elle distingue le droit d'avec la chose.

D'ailleurs le morcellement parcellaire du sol est un fait transitoire de toute nécessité. Il est impossible que la propriété foncière passe en grandes masses et en bloc des propriétaires rentiers aux travailleurs agricoles : ces derniers ne disposent que de petits capitaux lentement accumulés , ne peuvent racheter la terre que par minces parcelles aux riches détenteurs qui la possèdent encore; mais, quand le travail l'aura reconquise tout entière , le morcellement parcellaire cessera et l'organisation de la propriété agricole commencera. Les parcelles iront se grouper d'elles-mêmes autour des familles agricoles , par une répartition de plus en plus équitable, et autour des communes par l'association. Et l'époque où la propriété foncière sera complètement reconstituée ne doit pas être loin de nous ; car si la conquête pacifique du travail avance toujours du même pas dont elle marche depuis un demi-siècle, la terre appartiendra bientôt tout entière à ceux qui la cultivent, et le fermier n'aura plus de redevance à payer au propriétaire rentier. Le paysan français a goûté de la propriélé , il la convoite avec la puissance réunie du travail et de l'économie; et, si l'on juge de l'avenir par les effets qu'ont déjà produits ces forces combinées, le travail et l'économie, il est évident que pas une parcelle du sol n'échappera à cette honorable convoitise. Rien ne résistera à la houe du paysan , excité au travail et aux privations volontaires par l'espoir de la propriété. Jetez les yeux autour de vous, ne voyez-vous pas tomber de toutes parts les murs des vastes domaines et les nobles châteaux ? Demandez aux notaires de France quels sont les héritiers de la grande propriélé; ils vous répondront que les paysans des villages voisins sont presque exclusivement les adjudicataires des terres seigneuriales ; et si vous êtes curieux de savoir pourquoi la grande propriété ne se reconstitue pas , ils vous apprendront que les paysans sont si avides de la propriété qu'ils surenché-

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