‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 248 sur 314 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'énormité de la dette foncière constitue un abus du caractère le plus grave : il sépare ia propriété réelle du droit légal de propriété, il crée deux classes de propriétaires, Tune qui Test de fait, puisqu'elle jouit par l'intérêt qu'elle prélève de tous les produits du sol, l'autre qui ne Test que de nom et en vertu d'un stérile privilège. Il est facile de voir combien un pareil système est funeste à la propriété et partant à la nation ; le propriétaire , cultivateur ou non , ne se trouve plus que le tributaire du créancier : dès qu'il est sous la menace de l'expropriation , il n'a plus intérêt à la bonne administration de la terre, qui s'épuise ou dépérit en ses mains.

C'est à la loi qu'il appartient de mettre fin à ce double régime de propriété, qui a quelque chose d'hypocrite et de frauduleux : en matière de propriété, le droit et le fait ne doivent jamais être séparés; que tout propriétaire soit légitime, c'est le vœu de la morale comme de l'intérêt public!

Pour cela il faut débarrasser la propriété de la protection sous laquelle elle succombe, et lui rendre avec les périls de l'égalité les avantages de l'égalité!

D'après les principes qui nous dirigent, tout ce qui favorise la transmission de la propriété , est un bien , tout ce qui gêne le mouvement et l'échange des capitaux est un mal, et nous croyons que cela est vrai pour le sol comme pour les autres genres de propriété. Les conventions réciproques qui confèrent les droits sur les choses aux citoyens d'un État doivent être aussi libres, aussi simples que possible. Il faut que l'incapable ou le prodigue puisse se dessaisir d'un domaine foncier aussi facilement que d'un billet de banque, afin que l'homme économe et industrieux utilise a son profit et à l'avantage de la société tout entière les instruments de la production.

On a parlé déjà en France de la mobilisation du crédit foncier j cette grande mesure, d'exécution facile, aurait les effeîs les plus heureux sur la condition économique de la nation française. En donnant à la propriété foncière la rapidité de circulation des autres valeurs , elle favoriserait puissamment la conquête du sol par le travail, et de plus elle aurait pour avantage immédiat l'affranchissement de la propriété foncière des vexations de l'usure. Les peuples moins avancés que nous dans la vie sociale ont de bons exemples à nous donner sur le régime

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