‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 25 sur 314 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sage, une douzaine seulement étaient chargés de la fonction assez difficile d'ourdir les chaînes.

Et, comme je m'étonnais de cette expulsion à peu près complète , un manufacturier me fit observer que c'était la faute des ouvriers s'il n'y avait plus de travail pour eux dans les manufactures. « Ils nous avaient mis , nous et nos capitaux, à la merci de leurs coalitions , de leurs coups (strikes); leurs prétentions, tous les jours exagérées, nous empêchaient de vaincre la concurrence étrangère ; pour remporter des victoires, il faut une armée disciplinée. L'insubordination de nos ouvriers nous a fait songer à nous passer d'eux; nous avons fait et provoqué tous les efforts d'intelligence imaginables pour remplacer le service des hommes par des instruments plus dociles, et nous en sommes venus à bout. La mécanique a délivré le capital de l'oppression du travail; il n'y a pas jusqu'au chauffeur de nos chaudières à vapeur qu'une ingénieuse machine vient de remplacer. Il y a quelque temps, nous avions besoin d'un chauffeur habile , sachant bien mesurer la quantité du combustible sur la quantité d'oxygène que recevait le fourneau, et un bon chauffeur coûtait cher : aujourd'hui une trémie et une machine à broyer le charbon font la besogne beaucoup mieux que le plus habile chauffeur, et un manœuvre nous suffit. Partout où nous employons encore un homme , ce n'est que provisoirement, en attendant qu'on invente pour nous le moyen de remplir sa besogne sans lui. » Ainsi parlent tous les manufacturiers. L'exemple du chauffeur remplacé par un manœuvre, par un homme dont le premier venu peut faire la besogne, explique parfaitement ce que nous voulons dire lorsque nous avançons que l'industrie crée des travailleurs imparfaits.

La loi sur les manufactures votée en Angleterre en 1855 , et celle discutée à notre chambre des pairs dans la dernière session , obligent les chefs de fabrique à envoyer à l'école les enfants qu'ils emploient; la société voudrait que ces enfants devinssent des hommes utiles, capables de se suffire à eux-mêmes par leur travail , et c'est pour cela qu'elle impose aux manufactures l'obligation de laisser aux enfants le temps de s'instruire. Biais, malgré le vœu social exprimé en loi , les enfants des fabriques sont condamnés à rester éternellement des apprentis.

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