‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 26 sur 314 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Nous savons quelle éducation morale on reçoit dans les manufactures; mais , je le demande, quelle éducation industrielle donnent-elles, quel métier y apprend-on? Que deviennent ces milliers de jeunes travailleurs , véritables enfants perdus de l'industrie , lorsqu'ils ont atteint râge de quinze ans? Il n'y a pas de fonctions pour des hommes , pas de grade supérieur à l'apprentissage, excepté un très-petit nombre de fileurs et d'ourdisseurs , qui sont sans la moindre proportion avec celle des enfants. Encore une fois , que deviennent ces enfants ! La loi n'a pas songé à s'en enquérir, et la société n'a pas compris encore les désavantages et les dangers qu'il y a pour elle dans un régime industriel qui occupe les générations de l'avenir à des travaux incapables de les faire vivre quand elles auront grandi !

Est-ce un progrès réel que ce nombre effrayant de jeunes prolétaires, jetés dans le monde sans profession, et qui ne savent que rattacher des fils de colon, de laine ou de soie? Les résultats du recrutement nous apprennent dans quel état physique ils sortent des fabriques où ils ont passé leur enfance ; si nous voulons connaître quelle moralité ils emportent avec eux, adressons-nous à la police correctionnelle, et aux tableaux de îa criminalité.

Puisque personne n'a répondu à cette importante question : Quelle destinée industrielle préparent aux enfants les années passées dans les manufactures ? nous allons essayer d'y répondre.

Fût-il resté dix ans dans une fabrique , un jeune ouvrier en sort dans la même situation industrielle , ou bien peu s'en faut, que celle dans laquelle il y est entré : il n'a pas de profession. Tout ce qu'il y a gagné, ce sont des habitudes vicieuses et un corps énervé. Lisez le tableau fidèle que M. Villermé a tracé des petits malheureux des fabriques, allez les voir vous-mêmes, ie matin par exemple , lorsqu'ils arrivent aux ateliers de Mulhouse , avant le lever du soleil , après une marche de plus d'une heure ; parcourez les villes d'industrie, et partout vous rencontrerez des bandes d'enfants «pâles, énervés, lents dans leurs mouvements, tranquilles dans leurs jeux, offrant un extérieur de misère , de souffrance et d'abattement qui contraste avec le teint fleuri, l'embonpoint, la pétulance, et tous les

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