‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 255 sur 314 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La transmission delà propriété par testament devrait être ou entièrement supprimée, ou plus sévèrement limitée qu'elle ne Test dans la législation actuelle, qui pourtant a déjà bien rétréci sa part. La mort est une véritable expropriation pour cause d'utilité sociale; il faut lui conserver ce caractère d'utilité et de justice. L'intérêt et les passions du moribond ont une trop grande influence sur la manière dont il dispose de sa propriété , pour qu'on lui accorde la faculté de se montrer généreux aux dépens de la société , en donnant ce qui ne lui appartient plus. Cependant , afin de laisser au propriétaire , privé de famille, le moyen d'intéresser quelque personne à lui donner des soins, la loi pourrait lui abandonner la disposition d'une part de son bien , comme témoignage de reconnaissance et d'amitié, en faveur de ceux dont il a eu à se louer pendant sa vie. Mais ce legs testamentaire ne devrait jamais être assez fort pour donner à celui qui le reçoit la faculté de vivre sans travail dans l'opulence. Le droit de lester est condamné par l'expérience; ouvrez l'histoire : vous verrez les testaments accélérer à Rome la décadence des mœurs impériales, et créer au profit de l'intrigue et de la corruption une industrie lucrative. Chaque vieillard riche était assiégé d'une troupe de courtisans qui rivalisaient de bassesse et d'infamie, pour déterminer en leur faveur la volonté imbécile du moribond. Dans notre ancienne société, bien que le droit de tester fût déjà limité par la loi, il donna lieu à des abus si funestes qu'il fallut une révolution pour les détruire : les testaments avaient dépouillé la nation d'une grande partie du sol, pour le donner à des corporations, des couvents et des églises.

C'est un fait incontestable que les progrès de la civilisation moderne ont consisté principalement dans l'abolition de quelques-uns des privilèges de l'hérédité. Dans la société dont nous sortons, tous les avantages sociaux étaient héréditaires, les fonctions et les honneurs comme la fortune. Les grades étaient le prix de la naissance : personne n'était récompensé pour son mérite , mais pour celui de ses aïeux. La valeur personnelle ne comptait pas à celui que ne recommandait pas le nom de sa famille.

Aujourd'hui , il n'y a plus en France qu'une seule fonction héréditaire reconnue par la loi ; c'est la royauté. Le principe 2 2>

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