‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 257 sur 314 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

plus grand nombre de ses membres, afin d'assurer aux citoyens avec la liberté civile et politique cette précieuse indépendance que nous appelons, faute d'autre terme, l'indépendance économique , et qui consiste en ce que chaque famille puisse vivre de son propre travail. La première condition pour arriver à ce résultat. , c'est que la loi constitué la propriété de telle façon qu'elle soit mobile et facilement accessible ; il faut en outre que le mouvement naturel de la propriété soit rapide, régulier, et qu'il se mesure avec assez de précision sur le mouvement de la population : en un mot, pour parler la langue de l'économie politique, l'offre de la propriété doit toujours correspondre à la demande. S'il en est autrement , si le travail est réduit à se faire contre lui-même , pour la possession ou pour l'usage des instruments indispensables , une ruineuse compétition, l'ordre naturel est rompu , le travail est placé dans une condition défavorable , car il se trouve forcé à surenchérir le prix et le loyer des instruments de production.

Comment donc faire pour que l'offre de la propriété corresponde à la demande, c'est-à-dire, comment régler le mouve ment de la propriété sur celui de îa population? Chaque année, si la moyenne de îa mortalité donnée par la statistique est applicable aux propriétaires , îa quarantième partie environ de la propriété change de mains ; mais presque toute la portion tombée en héritage demeure dans la famille du propriétaire. Heureusement que la loi qui veut le partage entre tous les enfants de la famille contraint souvent les héritiers à vendre l'héritage, afin de partager également la valeur; sans cette circonstance, qui est un bienfait de l'égalité civile, il n'y aurait à la disposition des acquéreurs nouveaux d'autre propriété que celle mise en vente par expropriation légale , par les prodigues , les incapables ou les spéculateurs. Dans un pays qui veut donner à l'économie publique une base large et solide, et asseoir la majorité des citoyens sur la propriété , ces causes de mouvement ne suffisent pas : la conquête de l'indépendance par la possession de l'instrument de îa production est mise à un prix auquel le travail peut difficilement atteindre. S'il existe un moyen de rétablir l'équilibre en faveur du travail , tout le monde ne sera-t-il d'avis qu'il importe aux nations , et surtout à la nôtre , de le connaître et de s'en servir?

Page 1