CHAPITRE VII
rence que la vente révolutionnaire ne fut qu'une spoliation nécessaire, tandis que le mouvement que nous voudrions voir imprimer à la propriété ne blesserait les intérêts légitimes de personne et favoriserait puissamment le développement des vertus sociales.
L'attribution à la communauté d'une part dans l'héritage exercerait une influence aussi heureuse sur la population industrielle que sur la population agricole; elle préparerait et rendrait possible l'accession des classes laborieuses à la propriété parcellaire des grands instruments de la production industrielle. Supposons que, par l'exercice de son droit de reprise sur une manufacture , la société ait acquis le cinquième de la propriété ; elle aurait mieux à faire assurément qu'à demander aux héritiers le remboursement de sa part, ce qui pourrait nuire à l'industrie, en forçant une succession peu riche à s'interdire l'exploitation de la manufacture et à la vendre. La société profiterait mieux de son droit en le cédant par petites parcelles aux ouvriers qui seraient en état de l'acquérir, et qui deviendraient ainsi , sous la garantie et la surveillance de l'État , actionnaires de l'industrie, dont ils ne sont aujourd'hui que les salariés. Alors la conquête des instruments de la production industrielle serait aussi facile pour les ouvriers que celle de la production agricole l'est aujourd'hui pour les paysans. L'ouvrier de l'industrie ne serait plus nécessairement comme il l'est aujourd'hui, un paria, un prolétaire , sans autre moyen d'existence que le salaire. La propriété lui serait accessible , et , j'en ai la conviction , l'espoir et l'honorable convoitise de la propriété opérerait dans la classe ouvrière des merveilles. Alors on pourrait prêcher à l'ouvrier la tempérance et l'économie; il aurait devant lui la plus vive excitation possible à la sagesse et au travail, et il marcherait à la conquête de l'indépendance et du oien-êlre avec l'ardeur que nous lui connaissons pour aller au feu des batailles. La propriété rendue possible à l'ouvrier l'associerait par une solidarité mutuelle aux chances de l'industrie, et le monde n'aurait plus le scandaleux spectacle de quelques chefs d'industrie s'enrichissant de la misère de leurs ouvriers.
Les caisses d'épargne, celte institution d'impuissance, verseraient dans les ateliers du travail productif les sommes stérilement enfouies dans les banques et les dépôts publics; le