LIVRE IV
trésor public ne serait plus embarrassé de la gestion onéreuse des fonds économisés par le travail: les épargnes de l'ouvrier, au lieu de recevoir en guise d'aumône un intérêt de 5 1/4 pour cent en Angleterre , de 5 5/4 à Paris , iraient féconder l'industrie et participer aux bénéfices du capital producteur.
Et pour amener ces bienfaisants résultats, il suffit que la société fournisse au travail le moyen d'acquérir par menues parcelles la propriété des instruments de la production industrielle ! Cette seule réforme , dont on ne contestera sans doute ni la légalité ni l'application possible, éloignerait de l'industrie la cause la plus active de la misère, l'isolement de plus en plus absolu du capital et du travail.
Il ne nous reste plus à examiner que la transmission de la propriété par donation entre-vifs. Donner, c'est faire acte légitime de propriété , c'est échanger un bien qui vous appartient contre la reconnaissance ou seulement contre le plaisir d'obliger une personne qu'on aime. La donation est un droit de la propriété ; mais ici , comme dans tous les autres cas, ce n'est pas un droit absolu , un de ces droits auxquels il ne peut pas être imposé de condition. Pour nous, la donation entre-vifs est assimilable à l'hérédité directe, et la société qui en garantit les effets doit avoir sa part. C'est au législateur à fixer cette part, qui devra toujours être proportionnelle à l'importance du don.
Maintenant, si les défenseurs passionnés, nous dirions mieux les ennemis de la propriété , contestent à la société le droit de prélever la moindre part sur les successions , à titre de reprise légitime, nous réclamerons ce droit à titre d'impôt, et nous démontrerons sans peine que c'est à la fois le plus juste , le plus facile à percevoir et à établir, et peut-être aussi le plus productif de tous les impôts.