CHAPITRE VI
signes d'une brillante santé qu'on remarque chez les enfants du même âge, chaque fois que l'on quitte un lieu de manufactures pour entrer dans un canton agricole (1).» Quand la pauvreté de leurs familles ne leur interdirait pas les professions qui exigent un long apprentissage, la faiblesse de leur corps les empêcherait d'exercer celles qui demandent la force d'un homme. Il ne leur reste d'autre ressource que le tissage , et c'est ce qui explique pourquoi le nombre des tisserands persiste à être si élevé , pourquoi tant de mains se disputent un travail ingrat que la nécessité force d'accepter à tout prix. Que l'on s'étonne après cela, en Angleterre et aussi en France, du grand nombre de travailleurs imparfaits , qui se font, pour les rares emplois dont ils sont capables, une si désastreuse concurrence? Ces travailleurs imparfaits, cette masse d'hommes sans moyen d'existence assuré, ce caput mortuum toujours grossissant des villes industrielles , sont les enfants des manufactures devenus hommes, dont l'industrie n'a plus affaire quand elle a pris les années de leur enfance ! Les législateurs qui ont voulu protéger les enfants des fabriques ont borné leur sollicitude à fixer pour eux les heures du travail et à les envoyer à l'école ; cette protection , ainsi qu'il est facile de le voir, est tout à fait insuffisante , et , comme le dit M. Senior, elle impose à l'industrie des vexations inutiles. Quand les enfants de fabrique ne travailleraient que six heures par jour et sauraient tous lire et écrire à souhait , ils ne seraient pas moins sans moyen d'existence au sortir d'un apprentissage perpétuel qui ne mène à rien. N'y a-t-il pas là matière à réflexion? Il semble que le travail des enfants devrait être le commencement et la préparation du travail de l'homme , et que l'industrie de l'enfance devrait se lier, par des transitions graduées , à l'industrie de l'âge mûr. Malheureusement cela n'est pas. L'industrie n'emploie que des femmes et des enfants qu'elle retient perpétuellement dans un noviciat sans issue. Il y a des lois qui défendent au propriétaire de couper son blé en herbe, de vendanger sa vigne en fleurs, il n'y en a pas qui défendent à l'industrie d'abu-
(1) Voyez Rapport de M. Villermé sur l'état physique et moral des ouvriers. Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques , t. ii * dernière série, p. 391.