‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 262 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

loisir absolu ! et la consommation indispensable du pauvre est frappée d'un impôt aussi élevé que celle du riche ! Que dis-je ? L'impôt s'adresse avec une prédilection toute spéciale aux substances particulièrement destinées à la consommation du pauvre! La plus grande partie des taxes, les impôts indirects , comme ceux du sel, des boissons, du tabac, les impôts des communes, les droits d'entrée et d'octroi, sont de véritables capitations , qui frappent indistinctement l'être vivant , non point parce qu'il est riche , parce qu'il possède un revenu supérieur à ses besoins, mais parce qu'il vit et qu'il consomme ! Nous avons examiné plus haut les effets de l'impôt et de sa répartition sur l'économie publique, et nous demandons à tous les hommes de bon sens , à tous les hommes honnêtes , si la promesse de la charte a été tenue, si tous les citoyens indistinctement contribuent, en proportion de leur fortune, aux charges de l'État !

Pour l'honneur du gouvernement, quel qu'il soit, et pour la sécurité du pays , il est urgent de mettre bientôt un terme à cet étrange désaccord entre le principe et l'application de la loi. Tant que ce désaccord subsistera, tant que le traité de paix entre le gouvernement et la nation reposera sur une duperie ou un mensonge, la société sera en péril; car le traité de paix promet la justice et il donne l'iniquité! Ah! je comprends maintenant la sourde agitation qui travaille la France, depuis ses deux révolutions ! Je comprends maintenant pourquoi les provocations du désordre , le cri de la guerre sociale, trouvent un écho si formidable au milieu de nous! Et que serait-ce, grand Dieu! si les hommes qu'anime encore l'esprit de révolution parvenaient à prouver au bon sens populaire que la clause de justice inscrite dans le pacte social, loin d'être exécutée, est formellement violée ! Éveiller l'attention du pouvoir sur le danger de la situation , pousser le cri de détresse pour l'appeler au secours de l'ordre social menacé, c'est , selon nous, faire acte de bon citoyen; et, s'il nous était donné d'exprimer notre conviction dans toute sa force, nos paroles ne seraient pas perdues ! Mais , hélas ! nous n'avons pas la voix haute , et nous ne savons que dire faiblement ce que nous sentons avec énergie. Que ceux qui nous entendent, s'il en est, joignent leur voix à la nôtre afin qu'elle porte plus loin !

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