LIVRE IV
subtils métaphysiciens des abus prononcent dogmatiquement que l'impôt progressif est une criante injustice, qu'il porte atteinte au droit sacré de la propriété, et qu'il est par conséquent le renversement des lois divines et humaines. Selon les défenseurs intéressés du statu quo en système financier comme en toutes choses, il est équitable et parfaitement d'accord avec le droit de propriété, de prélever sur le travailleur le tiers et même la moitié du produit de son travail sous forme d'impôts , directs, indirects, réunis, tandis que demander au rentier une contribution proportionnelle à sa fortune, au propriétaire opulent une part de son superflu, serait le comble de l'iniquité, un attentat contre le plus sacré des droits, un crime de lèsemajesté divine.
Nous ne croyons pas nécessaire de discuter la justice du système d'impôts dans lequel nous voyons le salut de notre pays; les hommes de bonne foi n'ont pas besoin d'être convaincus, et les autres ne veulent pas l'être.
La seule objection sérieuse qui ait été faite à ce système est tirée de la difficulté que présenterait sa mise en pratique. Selon notre simple jugement , l'impôt, tel que nous le concevons, est aussi facile à foncier et à répartir, aussi commode à percevoir, que les impôts actuels sont onéreux à la société qui les supporte et même au gouvernement qui les perçoit; la seule difficulté sérieuse que rencontrerait l'application du nouveau système viendrait uniquement de ce qu'il est nouveau , et que, pour l'établir, il faudrait prendre quelque peine au lieu de laisser faire les abus , sans s'occuper d'eux.
Cette difficulté serait bien vite surmontée, car, pour la vaincre, il suffirait de le vouloir ; aussi nous ne nous y arrêterons pas et nous décrirons à grands traits la constitution financière que réclament les besoins et les généreux sentiments de notre pays.
« Tous les citoyens contribuent indistinctement, en proportion de leur fortune, aux charges de l'État. » La société demande plus à celui qui a plus , moins à celui qui a moins , elle augmente la charge de l'impôt avec le superflu présumé des citoyens, parce que la justice veut que celui qui retire plus d'avantages de la société en paye la jouissance. Par exemple, si le possesseur d'un revenu de 1,000 fr. payait un pour cent