CHAPITRE VIII
prélèverait sur les héritages une somme au moins équivalente à la moitié de ses besoins. La propriété foncière, mobilière, celle des capitaux , n'aurait pas à supporter une contribution de plus de cinq à six cent millions, et encore, dans la prévison des besoins les plus dispendieux que pourrait éprouver la société . en lui donnant les moyens de faire les frais de l'éducation du peuple.
Mais, dira-t-on , l'impôt proportionnel favorisant la division de la propriété et l'égalité des fortunes, il devra nécessairement devenir de moins en moins productif. A mesure que la propriété se clivisera et que la moyenne des fortunes s'égalisera , l'impôt progressif produira beaucoup moins que dans les premiers temps de son application, et il dépassera bien rarement dix pour cent du revenu. Alors, ce sera à la législature ù en modifier le chiffre et l'action , de manière à le mettre d'accord avec les besoins prévus de l'État. Mais ce chiffre ne sera jamais aussi onéreux aux propriétaires moyens que l'est aujourd'hui le système actuel des impôts ; il ne s'élèvera jamais à plus d'un ou deux décimes par 100 fr. de revenu , de quelques francs par mille, car l'impôt sur la fortune foncière, mobilière, et sur les capitaux, ne sera pas l'unique ressource financière de l'État. Il aura dans l'exercice du droit d'héritage que nous lui avons reconnu une branche féconde de revenu, dont les produits soulageront d'autant la contribution dont les revenus positifs des citoyens seraient frappés. Quand on verra ce qu'il serait possible d'obtenir d'une taxe progressive sur les héritages, on sera étonné eue les nations éclairées ne reportent pas sur cette nouvelle branche d'impôts les charges dont elles écrasent à grands frais le travail des citoyens pauvres.
Un homme a su conquérir par son travail, sa conduite et son génie, une fortune importante , et par elle il a satisfait largement à tous ses besoins. La société a favorisé puissamment le développement de sa fortune, en lui permettant d'obtenir sans trop d'efforts les instruments du travail , et surtout en respectant comme une chose inviolable les produits de son travail, nécessaires à la satisfaction décente des besoins de la vie; parvenu à une grande fortune, il a trouvé dans les institutions les plus sures garanties de ses droits ; et la jouissance de tous les bienfaits sociaux , de tous les avantages d'une civi-