‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 28 sur 314 · LIVRE ïl · texte numérisé non relu

LIVRE ïl

ser* des générations naissantes, et parce qu'il lui est avantageux d'employer seulement des apprentis , des agents qui se contentent de demi, de quart de ration, on lui laisse le pouvoir de condamner une portion importante de la classe laborieuse à ne jamais gagner de quoi entretenir un homme tout entier !

Les manufactures étant généralement situées dans des villes populeuses, les adultes mâles, exclus du plus grand nombre d'ateliers , sont réduits à se faire une concurrence acharnée pour les fonctions accessibles au plus grand nombre d'entre eux. De là vient cet encombrement perpétuel du marché du travail, que l'on déplore sans l'expliquer. Les emplois les plus mal rétribués sont recherchés avec l'empressement du désespoir : à côté d'un métier à tisser qui chôme, il y a deux ou trois malheureux qui attendent. Dans les quartiers pauvres, les logements les plus misérables sont les plus disputés; on a remarqué à Londres , par exemple , que les maisons périodiquement ravagées par la fièvre ne restaient pas vides un moment, et que des locataires nouveaux prenaient immédiatement la place encore chaude de ceux qui venaient d'être transférés à l'hôpital ou dans le cercueil; le même fait a lieu dans les dernières fonctions de l'industrie , comme celle du tissage, par exemple; la misère et l'incapacité, qui est le résultat inévitable d'une enfance passée tout entière dans la fabrique, recrutent les rangs des pauvres tisserands à la main plus vite que la mort ne les décime. C'est donc en vain que vous éclairerez les classes laborieuses sur les dangers de cette profession, si vous laissez subsister la grande cause qui la force de les subir !

Le sujet que nous étudions est tout neuf, et nous sommes bien loin de posséder tous les renseignements qui nous seraient nécessaires pour le traiter complètement; nous indiquerons toutefois les faits qui manquent a nos démonstrations, afin d'engager à les recueillir. Par exemple, il nous manque une liste exacte des professions , ou plutôt des semblants de professions exercées par la population la plus misérable. Si nous possédions celte liste, on serait étonné ou peut-être effrayé de trouver un si grand nombre d'hommes sans moyens réguliers d'existence, et, on peut le dire, sans profession autre que celle si énergiquement désignée en Angleterre sous le nom de

Page 1