LIVRE IV
compte nécessairement de consommateurs et de producteurs. Il n'y a pas chez un tel peuple des citoyens assez pauvres pour renoncer à la satisfaction décente des besoins de la vie , il n'y en a que peu ou point d'assez riches pour consommer sans rien produire : le travail est aussi activement, aussi constamment demandé que ses produits. De plus, dans une société où, à la faveur des institutions , la classe moyenne comprend la presque totalité des hommes, le travail devient une fonction solide, toujours assurée , et le travailleur n'a de chômage que les jours de repos public , que les moments qu'il dérobe volontairement au labeur physique pour les donner à la culture de l'esprit ou à d'honnêtes plaisirs. Avec les industries artificielles dont nous allons parler bientôt, qui déciment sans pitié les populations, défleurent l'enfance, corrompent la jeunesse, pour produire les superfluités du riche , ou assurer à quelques capitalistes la victoire dans la guerre industrielle qu'ils soutiennent les uns contre les autres; avec les industries de luxe, de fantaisie ou d'approvisionnement étranger, disparaissent nécessairement les crises industrielles et l'incertitude de travail. Si, dans un vaste pays comme le nôtre , qui compte une population de 54 millions d'hommes, chaque individu était consommateur, n'est-il pas évident que presque tout le travail de la nation serait employé à produire des objets de nécessité ou d'indispensable comfort y et que le travail aurait par conséquent une solidité inébranlable : il serait garanti par les besoins , c'est-à-dire , par la vie même de tous les individus de la nation. Si des industries de luxe, de fantaisie, s'établissaient chez un tel peuple, elles ne le feraient qu'après les industries destinées à l'approvisionnement nécessaire de la nation j les capitaux et le travail ne consentiraient à produire pour le luxe qu'à la condition d'en obtenir une récompense égale à celle qui serait assurée à la production des objets destinés à la consommation générale. Par la même raison, l'industrie ne travaillerait jamais par spéculation et cupidité à la production d'objets destinés à la consommation étrangère, mais seulement pour acheter des autres nations, par l'échange des produits , les matières ou les objets dont elle manquerait et qu'elle ne saurait pas produire.
Une nation où le très-grand nombre serait à la fois consommateur et producteur, serait donc assurée déposséder (ou-