LIVRE IV
delà législation, ne peut devenir une cause de bien-être et d'indépendance pour le pays , qu'à la condition d'être conçue et appliquée dans l'intérêt de la nation tout entière, qu'à la condition d'être bien intentionnée et éclairée, de vouloir le bien et de savoir le faire. C'est ce qui explique sans doute pourquoi l'intervention des gouvernements dans l'industrie , et surtout la protection qu'ils voulaient lui accorder, ont été jusqu'ici de véritables calamités publiques. Sous prétexte d'encourager l'industrie nationale, le gouvernement défendait la sortie des matières premières , prohibait l'entrée de tous les produits fabriqués, et, de cette façon, provoquait l'établissement d'industries parasites , artificielles, qui ne pouvaient subsister qu'eu exploitant les populations, tandis que, par compensation, il frappait d'interdiction les produits naturels du pays, ceux qui auraient pu servir avec avantage à obtenir de l'étranger les produits péniblement arrachés à un travail ingrat et presque stérile. Tel est a peu près partout le double et fatal effet des lois dites de protection industrielle ou du système des douanes. En prohibant ou chargeant de droits exorbitants les produits fabriqués à de meilleures conditions dans les autres pays, il favorise la création d'industries artificielles, souvent contre nature , qui augmentent le prix du travail et en diminuent la récompense, puisqu'elles n'obtiennent qu'à un prix plus élevé les objets que l'industrie étrangère produit à moins de fraie. Pour se venger de la prohibition dont on frappe leurs produits* les nations étrangères usent de représailles et interdisent leur marché aux denrées naturelles de notre pays, à celles que nous obtenons de notre sol à peu de frais, et qui récompensent e plus généreusement le travail indigène. C'est ainsi que nos vins, notre plus grande richesse, sont presque exclus delà consommation européenne, et que des millions d'agriculteurs sont condamnés à la pauvreté au milieu de l'abondance , pour le plus grand avantage de quelques manufacturiers (1). Nous repoussons de notre sol la houille , les fers , et même les denrées alimentaires les plus indispensables, les bestiaux et les
(1) Les vins et eaux-de-vie de France sont prohibés en Belgique et frappés en Angleterre de droits excessifs qui équivalent à la prohibition,