‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 280 sur 314 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

céréales , et l'étranger ferme ses ports et ses frontières ù nos vins , à nos eaux-de-vie , à nos huiles , à tous les produits naturels de notre sol et de notre industrie. Je sais bien ce que gagne à ce régime le petit nombre des intérêts protégés , mais je sais aussi, sans pouvoir le calculer, ce que la nation y perd.

On prétend que ces droits et prohibitions ont pour but d'encourager le travail dans notre pays, et des faits désastreux démontrent à qui veut être convaincu, que ce système de protection et d'amour est un fléau pour les classes laborieuses. Ces légions de misérables qui ont passé sous nos yeux , ces troupeaux d'enfants exténués, de femmes flétries, qu'un chétif salaire , un travail ingrat , abrutissant , jamais assuré , condamnent à la barbarie et à la souffrance, toute cette population (intassée autour des grands ateliers ne s'épuise-t-elîe pas pour >'e compte des industries protégées? Les colons filés et les lissus' sont prohibés à nos frontières: dira-t-on que c'est pour protéger les ouvriers exploités par ces cruelles industries? Eh quoi! vous protégez les travaux qui ne font pas vivre, mais qui font souffrir ; et, par cette intelligente protection, vous attirez les représailles de l'étranger contre les industries saines, fécondes, qui donnent l'aisance en échange du travail! Vous frappez vos vignes et vos oliviers de stérilité pour l'avantage d'attacher des enfants de six ans à des mécaniques ! Mais c'est de la foiie, mais c'est de la cruauté ! J'ouvre les tarifs des douanes , et je vois que les industries auxquelles on veut assurer forcément le monopole du marché national sont précisément celles qui font les misérables , celles qui provoquent au vagabondage, à la prostitution , celles qui exposent le travail à tous les hasards, aux chômages imprévus, et qui condamnent par conséquent les classes ouvrières à l'imprévoyance, celles enfin qui détruisent la vie de famille , jettent la population hors de ses conditions naturelles, et la provoquent à une brutale et désastreuse fécondité ! Mais il me semble que protéger de pareilles industries aux dépens du travail qui assure l'existence et favorise la moralité du travailleur, comme le travail des champs par exemple, c'est protéger dans la nation le vice et la misère !

L'économie politique, et c'est là sa gloire, a parfaitement démontré les inconvénients d'une pareille protection, et déjà

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