LIVRE IV
elle a déterminé dans le régime des douanes des changements notables qui amèneront prochainement la chute de ce désastreux système. Déjà la Suisse a ouvert ses frontières aux produits spéciaux des autres pays, et l'association des douanes allemandes, l'une des plus grandes réformes économiques de notre temps, a effacé de ses tarifs toutes les prohibitions (1). Espérons que notre pays fera mieux que de suivre cet exemple; il prouvera au monde qu'il a fidèlement conservé le dépôt des principes delà véritable civilisation, de celle qui constitue les sociétés en vue du bien-être et de la moralité de tous !
La nature elle-même a établi entre les nations la loi de la division du travail , et les lois de la nature ne sont jamais violées en vain. Chaque peuple doit trouver dans les produits de son sol et de son industrie de quoi satisfaire à ses besoins ; mais cela ne veut pas dire qu'il soit condamné à tout produire. Nous avons fait en France plus d'une triste expérience pour démontrer que Ta prétention de tout produire est une ruineuse folie. N'avons-nous pas eu la satisfaction de fabriquer du sucre de betterave qui avait sur le sucre des colonies l'avantage de coûter une fois plus cher ! Toute industrie qui a besoin, pour exister , du secours delà prohibition ou de droits différentiels exagérés , est dans la même condition que l'industrie de la betterave : elle ne peut être florissante que si les consommateurs qui demandent ses produits donnent ou échangent une fois plus de travail qu'elle ne vaut réellement, car c'est le travail qui achète le travail. Malheur à la nation qui posséderait beaucoup -d'industries florissantes à celte condition-là! Elle ne tarderait pas à être ruinée par la prospérité de deux ou trois industries! Si un pays peut acheter à ses voisins la fonte, le charbon et le sucre , avec moitié moins de travail qu'il ne lui en faudrait pour produire ces objets chez lui , n'est-il pas évident qu'il se ruine en s'obstinant à les fabriquer? On sait comment les mines d'or ont ruiné l'Espagne. L'or avec lequel les Espagnols achetaient le drap des Flamands , par exemple , leur coûtait beaucoup plus cher, c'est-à-dire, qu'il représentait beau-
(1) Voyez L' Association des Douanes allemandes , par Lanourais et E. Bères.