CHAPITRE IX
coup plus de travail que les objets contre lesquels il s'échangeait, et l'Espagne s'est ruinée à faire de l'or pendant que la Flandre s'enrichissait à faire du drap. Chaque industrie a son climat, chaque produit son sol.
Toute industrie qui hausse le prix du travail et en diminue la récompense doit donc être abandonnée par une nation intelligente : attirer forcément à elle des capitaux et des hommes, c'est priver la nation du profit légitime que feraient ces capitaux, s'ils étaient engagés dans une industrie naturelle , et cela pour donner à quelques hommes seulement des bénéfices aux dépens de la société; c'est compromettre l'existence et la moralité des populations industrieuses , en les abandonnant sans défense à tous les hasards d'un travail précaire, au jour le jour, excessif en durée et mal rétribué.
Si toutes les nations étaient constituées sur les vrais principes de l'économie et de la politique, les valeurs fabriquées ou non devraient passer librement la frontière, circuler librement d'un pays à l'autre , et nous demanderions la chute des barrières élevées autour des peuples , comme nous demandons celles que le fisc local a élevées autour de nos villes ! Mais hélas! bien qu'en théorie les nations soient liées entre elles par une mutuelle solidarité, les intérêts de leurs gouvernements et des classes dominatrices sont si profondément opposés encore aux véritables intérêts des peuples , qu'un rapprochement aussi intime que le libre échange de leurs produits n'est pas possible. Elles sont tenues vis-à-vis l'une de l'autre à des mesures de précaution et de surveillance ; elles ne doivent pas se mettre pour la production et moins encore pour la consommation à la merci les unes des autres; en un mot, la liberté absolue des échanges n'est pas possible entre elles, tant qu'elles seront constituées de façon à se faire la guerre d'un jour à l'autre. Mais ces mesures de surveillance et de précaution dépassent leur but si elles vont jusqu'à la prohibition des échanges, et elles imposent ainsi aux peuples , pendant la paix , tous les muux de la guerre.
Dans l'état actuel de la politique , la frontière d'un peuple qui veut conserver son indépendance a besoin d'être prudemment surveillée, libéralement ouverte pendant la paix aux produits du sol et de l'industrie étrangers, qui peuvent s'ache-