LIVRE IV
ter avec moins de travail qu'il n'en faudrait pour les obtenir dans le pays, mais rigoureusement fermée aux produits de la fraude commerciale, aux denrées falsifiées, ou offertes à vil prix dans des vues de monopole, par la concurrence désespérée des producteurs de l'étranger. Chaque marchandise introduite devrait payer, sous forme d'impôt, un droit modéré, calculé de manière à défrayer la surveillance des ports et frontières.
La concurrence industrielle de peuple à peuple , si elle est librement abandonnée à toutes les témérités de la cupidité individuelle , est plus désastreuse encore que la concurrence effrénée des producteurs indigènes. L'une et l'autre demandent un pouvoir intelligent et fort pour les surveiller et les réprimer. Ici nous arrivons devant la grande question : comment combiner en industrie les lois de l'ordre avec les bienfaits de la liberté ?
N'est-il pas étrange que, dans nos sociétés, toutes les fonctions soient soumises à des règlements intérieurs, à une discipline , que tout soit organisé , en un mot, excepté l'industrie ? Voyez l'armée, la magistrature, le clergé ; n'est-ce pas à leur discipline, à la sagesse d'une organisation qui dirige les forces et les volontés individuelles vers le but de l'institution , n'estce pas à l'ordre, en un mot qu'ils doivent leur puissance , leur dignité, leur durée? Et pourquoi le travail qui nourrit les peuples serait-il privé des avantages assurés par la discipline au travail qui défend les sociétés et les protège ? L'atelier ne doit pas être un couvent ni une caserne, mais est-ce à dire qu'il doive être un lieu de confusion et de désordre (1). Le besoin de l'organisation est si indispensable à toute fonction, que beaucoup de professions chez nous, celles qui se recrutent parmi les hommes assez instruits pour comprendre leurs véritables intérêts et celui de la profession , ont eu la sagesse de s'organiser elles-mêmes , de se donner des lois , de créer à chacun de leurs membres des obligations et des devoirs.
Que deviendraient, je le demande, les avantages que les pro-
(l)Nous avons entendu, avec le plus vif plaisir, M. Blanqui donner à ces idées d'ordre et d'organisation la popularité de son enseignement au conservatoire des arts et métiers.