‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 289 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

meilleur marché et de meilleure qualité que ceux des fabriques d'Angleterre. Je suppose que la convoitise des capitaux soit assez forte en ce pays pour les déterminer à se liguer contre l'industrie rivale : ils auront le pouvoir , si on les laisse faire, de la ruiner, d'usurper sa place et de faire payer ensuite aux consommateurs les frais de la guerre. Le capital étranger, indemnisé de ses pertes par le monopole , s'attaque ensuite à une nouvelle industrie, celle de la soie, par exemple , dans laquelle les ouvriers de France ont aussi une véritable supériorité; mais, comme dans la concurrence contre les draps , le capital envahisseur inonde le marché de soieries qu'il offre au-dessous du prix de revient; elles sont moins belles, de moins bon goût que celles de France, mais la différence du prix est telle que la consommation accepte forcément la marchandise étrangère ; l'industrie indigène consent aussi , je le suppose, à soutenir cette lutte à mort; elle accepte toutes les réductions , et enfin elle arrive au bout de ses efforts avant que le capital étranger soit épuisé. Il reste seul et dicte des lois. Ayant ainsi dépouillé l'une après l'autre toutes les industries, le capital devenu de plus en plus fort par les monopoles usurpés aurait même le pouvoir de réduire le peuple ennemi en servitude, de faire du pays ennemi une Irlande. Je suppose un pays où avant l'envahissement des capitaux étrangers, chaque chef de famille vivait dans l'aisance par l'industrie ou sur le sol , et participait par la propriété aux profits du capital. Les industries ruinées, les travailleurs dépossédés, se rejettent sur le sol; mais les monopoleurs qui ont tué l'industrie , une fois maîtres du marché, haussent leurs produits et repoussent ou n'achètent qu'à vil prix les denrées produites par le sol envahi. Mais allons plus loin ; le capital conquérant, ne sachant plus à quoi s'appliquer, veut dérober à la nation à demi vaincue les profits de la culture du sol. Il achète à haut prix toutes les terres en vente , et tourne contre le peuple attaqué jusqu'à ses meilleures institutions , et il ne s'arrête qu'après avoir fait ce que la conquête a fait en Irlande et dans l'Inde, après avoir réduit une nation tout entière à l'état de vassale , de tributaire et d'esclave. Ko Portugal et l'Espagne, s'ils laissent faire, fourniront pour l'instruction de l'avenir l'exemple d'une population et d'un soi conquis, exploités par un capital étranger.

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