CHAPITRE IX
Nous nous sommes permis cette série de suppositions extrêmes, qui ne sont peut être pas si impossibles qu'elles paraissent, pour montrer combien il importe àawe nation qui veut garder son indépendance de ne pas se laisser conquérir par les forces économiques d'un peuple étranger.
Mais, dira-t-on, cet appauvrissement, cette servitude que vous redoutez de la concurrence étrangère pour les classes laborieuses de votre pays, la concurrence intérieure, si on la laisse faire , les produira bien toute seule , et si rien ne protège le travail contre l'envahissement forcé du capital , rien ne pourra sauver les classes inférieures de la condition de dépendance et de misère dont vous voulez les affranchir : et il n'y a pas d'institution assez forte pour poser des limites à la concurrence des capitaux et des industries !
Nous avons déjà et assez longuement exposé quels sont les moyens capables, selon nous, de régulariser cette concurrence et de la faire tourner à l'avantage de la production et de la consommation, à l'avantage de tous. Ces moyens peuvent se résumer en un mot : substituer à la force des choses , qui fait la concurrence anarchique et désastreuse , une autre force des choses qui provoque d'elle-même les véritables progrès, ceux qui profitent à tous. Qu'est-ce que cela veut dire? une courte explication et nous serons compris.
Nous espérons avoir suffisamment démontré que ce qui rend la concurrence dangereuse aux classes laborieuses d'un pays, c'est la séparation absolue qui existe dans la plupart des industries entre le capital et le travail. Mais que le capital et îe travail soient associés ou réunis, et la concurrence n'est plus qu'une force bienfaisante , un principe de vie. Je suppose que des institutions civiles et économiques, telles que celles esquissées plus haut, aient rendu la propriété du sol , le premier, le plus fécond des instruments de production , accessible à la grande majorité des familles qui trouvent dans leur champ et leur enclos un facile moyen d'existence. Ce seul fait, une fois réalisé, supprime immédiatement la déplorable concurrence que se font pour des occupations ingrates, les populations dépouillées de toute participation aux instruments du travail. Le même fait, devenu générai et appliqué à l'industrie , supprime les mauvais effets de la concurrence des producteurs. A rne- 2 26