‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 293 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mondes possibles , et on nous permettra de supposer que l'urgence d'une réforme n'a plus besoin de preuve.

Comment faire pour que le commerce se contente de sa fonction d'intermédiaire utile, et qu'il ne prétende plus tenir la production et la consommation en servage, comme il fait aujourd'hui ? En favorisant le rapprochement aussi direct que possible du producteur et du consommateur, aujourd'hui séparés par toute la distance qulont mise entre eux une multitude d'intermédiaires parasites, et surtout en ôtant au négoce les moyens de nuire.

D'abord , il est possible de rapprocher en beaucoup de cas celui qui produit de celui qui consomme, en supprimant l'intermédiaire ou le trafiquant, celui qui pour porter la marchandise du premier au second en usurpe la propriété absolue au moyen d'une simple promesse de payement. Les syndicats de l'industrie établis dans chaque canton agricole et manufacturier, ne pourraient-ils pas servir à rapprocher directement le producteur du consommateur, si éloignés qu'ils soient l'un de l'autre? D'ailleurs les producteurs ne pourraient-ils pas avoir un agent général dans chaque département, qui , ayant connaissance de l'état des marchés des autres départements , les avertirait que sur tel point on a besoin de leurs produits. L'industrie ne pourrait-elle pas avoir ses courtiers? Alors, dans le plus grand nombre des cas, il suffirait d'un voiturier pour mettre la marchandise entre les mains de celui qui la demande , et l'intermédiaire qui s'attribue la propriété de la marchandise pour la porter du producteur au consommateur serait supprimé à l'avantage de tous deux. Les industries organisées, mises en rapport les unes avec les autres au moyen des syndicats cantonnaux, et surtout du conseil général de la production , pourraient s'approvisionner et expédier directement leurs produits.

Mais le point important est d'enlever au trafic le moyen de faire le mal. On a beaucoup écrit, beaucoup disputé sur le crédit, et il n'y a pas de sujet, je crois , sur lequel régnent de plus étranges erreurs. Parmi ce que j'ai lu sur le crédit, je n'ai jamais rencontré une définition précise qui m'apprît ce que l'économie politique entend réellement par ce mot; il est vrai que je n'ai pas tout lu. Le crédit n'est pas un prêt sur gage

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