‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 294 sur 314 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

réel; ce n'est pas toujours non plus une avance sur un produit certain, mais à venir, qui est la propriété de l'individu crédité. C'est tout simplement, si je ne me trompe, dans le régime commercial actuel, l'abandon d'une propriété réelle, d'une valeur échangeable, contre une simple promesse de payement. Mais , je le demande , une promesse de payement , quand elle serait garantie par la moralité infaillible de celui qui la fait, devrait-elle lui assurerledroit de propriété absolue sur la chose, le privilège exorbitant d'en élever le prix pour s'attribuer une part de profit égale, et trop souvent bien supérieure a celle du producteur lui-même? Est-il juste de condamner forcément le producteur à livrer son produit en retour d'un billet qui n'est, après tout , qu'une monnaie incertaine, quand ce n'est pas de la fausse monnaie? Examinons rapidement la manière dont se font ordinairement les échanges. Un fabricant de drap, je suppose, produit chaque semaine avec son capital et son travail, joint à celui de ses ouvriers, auxquels il fait l'avance du salaire, une certaine quantité de marchandise; mais pour continuer à produire la semaine suivante, c'est-à-dire, pour utiliser son capital et occuper ses ouvriers , il faut qu'il vende tout ou une partie de ce qu'il a produit. Les consommateurs se trouvant éloignés , il lui est impossible d'échanger immédiatement sa marchandise contre leur argent. Comment donc et à qui vendre? il est forcé de s'adresser au négociant; celui-ci consent à acheter les draps, mais non à les payer; il promet de les payer quand il les aura revendus , et il emmagasine en attendant la marchandise qui devient sa propriété. Le producteur a reçu la promesse écrite du payement , pas autre chose : pouf la convertir en argent, pour continuer la production et player ses ouvriers , il est forcé de s'adresser à un second négociant, qui fait métier d'avancer le payement en espèces, à condition de prélever une prime , représentant l'intérêt du capital jusqu'à l'époque du payement, et cela ne suffit pas encore : le producteur n'obtient l'avance du payement de la marchandise qu'en répondant lui-même de la solidité de la promesse. Si la promesse ne vaut rien, si les chances commerciales ont été défavorables au négociant , s'il s'est trompé dans ses spéculations, c'est le producteur qui est condamné à payer sa témérité et son erreur. Il ne perd pas seulement le prix de sa marchandise,

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