LIVRE IV
il se trouve débiteur vis-à-vis le banquier de la somme que le spéculateur lui avait promise. Tels sont aujourd'hui les rapports du producteur avec le négociant; telle est, nous devrions dire, la plaie qui tue l'industrie. Ces rapports sont injustes , déraisonnables , contraires à la sécurité du travail : il faut les changer , leur substiluer des rapports équitables , fondés sur les notions de la raison et de la justice.
On va dire : Mais vous voulez donc anéantir le crédit, le crédit qui est la base de la richesse des nations, le crédit qui est le père nourricier de l'industrie , et bien d'autres choses. Dieu nous en garde! Nous voulons seulement distinguer entre le faux crédit et le crédit véritable et légitime. Je sais que cette distinction pourra sembler à bien des gens un attentat contre Tordre social, contre le plus sacré des droits, celui de se créer une riche existence au moyen du faux crédit , de celui qui se fait payer par la consommation et la production une liste civile plus que royale.
A tout risque nous distinguons deux sortes de crédit , le crédit réel, le crédit personnel. Chose étrange et qui prouve bien que nous sommes encore dans la barbarie pour ce qui regarde la constitution de l'économie publique, le premier qui est juste, solide, qui serait le salut de l'industrie, n'existe pas ou existe à peine; et le second, qui est la source des fraudes, des crises commerciales, la source des spéculations téméraires et de l'agiotage, est puissamment constitué !
Qu'est-ce donc que le crédit réel? Rien n'est si simple , et il n'y a pas besoin de faire des livres pour le définir. Le crédit réel est la mobilisation des valeurs réelles, soit existantes, soit en espérance, c'est la conversion en monnaie, en titre facilement réalisable , de tout ce qui possède une valeur d'échange, il comprend le crédit foncier et le crédit industriel : le premier, dont l'établissement est un besoin pressant de notre époque, sauverait la production agricole des mains de l'usure qui menace de frapper nos champs de stérilité et de ravir au travail l'indépendance qu'il a conquise. Chaque parcelle de territoire, chaque valeur immobilière , serait représentée par un titre qui en indiquerait l'étendue, la nature et la valeur, d'après l'estimation du notaire public, contrôlée par les agents de la banque foncière , qui escompterait ce titre aux deux tiers