LIVRE IV
gérait des valeurs contre des valeurs ? des marchandises contre des litres , ou contre des espérances garanties par la sanction publique. Alors seulement les nations pourraient utiliser leurs capitaux métalliques, et la monnaie de papier serait aussi solide que la monnaie d'or : il ne serait plus nécessaire de créer pour le besoin de la circulation des valeurs d'opinion; les valeurs réelles suffiraient et au delà.
Le crédit personnel ferait place au crédit réel. Nous sommes loin de proscrire absolument le crédit personnel, l'avance de capitaux contre la garantie du talent ou de la moralité d'un individu ; nous pensons seulement que les obligations personnelles ne peuvent pas recevoir sans injustice et sans danger le caractère de monnaie de circulation, c'est-à-dire, que les obligations d'individu à individu, les crédits personnels , ne sont pas des valeurs échangeables, et qu'ils n'obligent que celui qui les reçoit, n'imposent de chance de perte comme de gain qu'à celui qui les fait. Une promesse de payement, sans autre garantie que la signature de celui qui la fait, ne serait pas escomptée par la banque publique, et si des particuliers consentaient à l'escompter, ils ne pourraient avoir recours que contre l'individu qui l'a signée.
C'est ainsi que nous entendons le commerce : le commerce doit être, comme tout le reste , une vérité. Nous ne concevrons jamais qu'un homme, qui n'a pas de quoi payer, achète parce qu'il espère vendre avec bénéfice. Ce privilège nous explique le développement tout à fait anormal du négoce, dont se plaignent aujourd'hui tous les agents du commerce. Comment le nombre des vendeurs ne serait-il pas hors de toute proportion raisonnable avec les besoins du pays , quand on offre aux trafiquants, en manière de prime, le séduisant privilège de se faire du travail d'autrui , à l'aide du crédit personnel, un moyen d'existence? Comment s'étonner après cela que les recensements nous apprennent qu'il y a en Angleterre un teneur de boutique sur neuf familles? Nous avons la conviction que, la prime d'encouragement supprimée, il n'y aurait de négociants que le nombre nécessaire aux échanges de la nation.
Le commerce de petit détail , celui qui approvisionne la consommation des pauvres, devrait être, sinon supprimé, du moins ramené dans ses limites raisonnables par l'application