‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 3 sur 314 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tirait l'appliquer. Pour cela il faudrait relirer à jamais les enfants du milieu où ils sont nés , les arracher à leur famille , à leur entourage, et cela est impossible. En France, où l'instruction primaire est accessible à la grande majorité du peuple, nous n'en avons pas moins nos petits sauvages comme en Angleterre, et, selon le rapport de M. Gillon sur le budget de l'instruction publique pour 1839, 2,811,000 enfants ne vont pas à l'école : il est vrai de dire que la majorité de ces enfants illettrés appartient à la population agricole.

Bien qu'on apprenne généralement à lire dans nos villes d'industrie, les enfants des ouvriers n'en sont pas moins privés d'éducation morale et même intellectuelle , car la fabrique les réclame avant qu'ils aient eu le temps d'apprendre , et malgré les lois sur le travail des enfants, lois absolument impuissantes pour empêcher le mal ou faire le bien , les enfants accaparés par l'industrie ne promettent à la société que des misérables et des barbares ! La revue que nous nous proposons de faire dans le chapitre suivant nous montrera que la majorité des enfants des manufactures est fatalement vouée à la démoralisation et au paupérisme.

Le vagabondage et la prostitution sont encore des signes et des causes de barbarie. Dans les grandes villes le vagabondage des enfants est la pépinière du vol. Une fois qu'un jeune travailleur a réussi à vivre un jour hors de l'atelier, une fois que le vagabondage, le petit négoce des rues , lui ont procuré une seule journée d'existence, c'en est fait de sa moralité et de son avenir.

Nous ne pouvons pas indiquer le chiffre des jeunes vagabonds d'après des documents positifs , mais la forte proportion des jeunes délinquants, qui afflige aujourd'hui tous les criminalistes, nous fait supposer que ce chiffre doit être très-élevé.

Comment en serait-il autrement? quel attrait doit avoir la vie vagabonde pour ces jeunes captifs de l'atelier, que les lois de France et d'Angleterre ont essayé de protéger en vain (1)!

(1) La chambre des députés de France doit discuter une loi sur le travail des enfants dans les manufactures pendant la présente session. Cette loi, si sages qu'on en fasse les dispositions , sera une loi inutile de plus, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant.

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