LIVRE II
La nature, comprimée parla misère, les sollicite avec d'autres causes aussi puissantes à rechercher toutes les occasions de courir en liberté. Un travail long et sédentaire, un maître brutal , une famille vicieuse , jettent tous les jours une mullitude d'enfants et d'adolescents sur la voie publique, et les abandonnent à toutes les séductions. Quelle éducation que celle-là pour un enfant pauvre ! Et comme nous nous étonnons qu'ils ne cèdent pas en plus grand nombre encore aux ardentes provocations que l'étalage de toutes les richesses et de toutes les jouissances adresse à leur âge et à leur misère !
Nous lisons dans un rapport sur l'apprentissage des jeunes libérés {Journal la Providence) : « Parmi tous les mauvais penchants, le plus redoutable de nos ennemis , c'est la passion du vagabondage; elle ne nous laisse presque aucune quiétude, car elle est évidemment inextinguible. Parfois assoupie chez quelques pupilles, durant un certain temps, particulièrement dans la saison rigoureuse, on la voit soudainement réveillée par la moindre circonstance et infailliblement par les premiers rayons de soleil du printemps. Cette inquiète manie de locomotion et d'oisiveté paraît être l'un des types conservés de la vie libre du sauvage, et cette condition d'existence se retrouve identiquement dans celle des enfants livrés sans guide, dès leurs premiers pas, aux impulsions de leurs abruptes volontés. » Nous réclamons l'indulgence du lecteur , pour le mauvais style de messieurs les patrons des jeunes libérés du département de la Seine, en faveur des faits et observations précieux que renferme cette citation. Il faudra nous la rappeler quand nous voudrons connaître la cause des vices de la misère.
A Paris, le vagabondage des enfants pauvres est accompagné d'un cynisme et d'une précocité d'intelligence qui épouvantent. Nous pourrions emprunter à la Gazette des Tribunaux , qui est le recueil poétique de la misère et du crime , une foule de récils qui, malgré leur plaisante rédaction , ne feraient pas rire; et, pour le dire en passant, l'intention de plaisanterie que montrent toujours les rédacteurs de cette feuille quand il s'agit des délits des misérables, est une odieuse dérision contre laquelle nous réclamons la protestation de l'honnêteté et du bon sens. Malgré ce reproche mérité, qui donne à cette feuille .