CHAPITRE X
on évalue environ à 6,000 les écoles privées de maîtres.
Et que sont, et que peuvent être ces instituteurs? Les derniers des hommes, en intelligence ou en force productive, puisque la fonction qu'ils remplissent est de toutes la moins rétribuée î Le manœuvre qui ne sait faire autre chose que de pousser une brouette avec ses bras , l'homme force brute , gagne un salaire supérieur à celui du grand nombre des instituteurs de la France. La loi de 1855 porte à 200 fr. le minimum de leur traitement fixe, et ce n'est pas sans difficulté que beaucoup de communes consentent à donner au maître d'école une rétribution si élevée. Les mois d'école qu'ils sont autorisés à prélever sur les enfants , atteignent rarement le traitement fixe. La majorité des communes ne fournit donc pas à l'instituteur le strict nécessaire pour exister : il est forcé de joindre à ses fonctions celles de sacristain, de chantre et de valet du curé. Telle est la condition sociale de l'instituteur primaire : son caractère est connu; le maître d'école est un type que la loi nouvelle n'a pas modifié; malgré la surveillance des inspecteurs et des comités, c'est toujours ce personnage ignorant, bavard et suffisant, ce chantre buveur qui est le parasite et bien souvent la risée de nos communes villageoises.
Et, comme pour faire compensation à l'insuffisance du traitement des malheureux maîtres d'école, la loi institue pour eux des caisses d'épargne spéciales dans lesquelles ils devront verser le vingtième de leur traitement fixe, afin d'assurer à leur vieillesse une existence qui ne coûte rien à l'État. Or, comme la moyenne du traitement fixe est de 200 fr. , l'instituteur primaire, après trente ans de service, disposera d'un capital de cent écus, plus les intérêts cumulés, qui constituera le fonds de retraite sur lequel il devra vivre. Une pareille disposition n'est-elle pas une plaisanterie ou une absurdité, indignes du législateur?
Le budget de l'État contribue pour 1,800,000 fr. à l'instruction du peuple, et c'est là de la munificence, comparé à ce que faisait le pouvoir avant la nouvelle loi; en 1829, l'État contribuait pour 50,000 fr. à l'instruction primaire! Aujourd'hui les communes et les départements font environ neuf millions aux écoles, les familles huit millions ; le budget total de l'instruction primaire ne dépasse guère vingt-trois millions, à peu