LIVRE IV
près ce que coûte le personnel des douanes, deux cinquièmes de moins que le clergé, environ 1 fr. 25 c. par tête d'ignorant à instruire ! Et dans un pays où Ton ne dépense que 1 fr. 25 c. par lêle d'ignorant, les communes et l'État encouragent par de fastueuses subventions les arts de luxe, les chanteurs d'opéra et les danseuses ! il ne faut pas s'étonner après cela , si l'instruction primaire n'a pas la force de s'opposer en France à l'abrutissement d'une partie de la population , qui, sachant lire ou non, se précipite à grands pas vers la barbarie.
Et encore la France possède une loi d'instruction primaire ! L'Angleterre a laissé jusqu'ici l'éducation du peuple aux soins du clergé et de la spéculation , qui l'ont fait ce que nous l'avons vu dans ce livre. La Belgique, où de si grands progrès industriels se sont accomplis depuis 1850, possède moins d'écoles aujourd'hui qu'elle n'en comptait avant la révolution. Dans la province de Brabant, sur 5,895 jeunes conscrits de 18 ans, 5,105, 55 °/o ne savaient ni lire ni écrire en 1855. La culture intellectuelle et morale des peuples est de plus en plus en relard sur leur civilisation matérielle, ce qui constitue pour les sociétés le plus grand danger qu'elles puissent courir (1).
Cette instruction primaire, nulle, inutile et souvent dangereuse, est la seule culture morale et intellectuelle mise à la portée des générations qui doivent former la nation française. L'instruction supérieure, celle dite des facultés, qui prépare aux professions libérales , ne s'adresse guère à plus de 10,000 jeunes gens. L'instruction secondaire , celle des collèges , n'est pas suivie par plus de 65,000 écoliers, en exceptant, bien entendu, l'instruction des séminaires, qui est à peu de chose près la même. L'instruction de collège n'est pas moins insuffisante, et beaucoup plus funeste a la véritable intelligence et à la moralité du pays, que celle des malheureuses écoles primaires, et nous regrettons de ne pas avoir ici le temps de le démontrer. Le vice de ce système d'instruction est le même que celui du système primaire, qui croit faire des hommes intelli-
(1) Voyez un curieux article de M. William Rawson, sur le désaccord qui existe aujourd'hui entre le progrès matériel et le progrès moral et intellectuel. — Journal of statlstical society of London, t. ir , p. 585.