‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 307 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

L'instruction du collège est exactement la même que celle des rhéteurs , moins la méthode ; et c'est à l'école des grammairiens et des sophistes que l'on envoie la jeunesse d'élite d'une nation comme la nôtre, née pour l'action et le travail, d'une nation qui ne veut point mourir!

Il y a là une contradiction qu'il importe de faire disparaître le plus tôt possible. Et ce qui paraît plus inexplicable encore à l'homme que les préjugés n'empêchent pas de voir jusqu'au fond des choses , c'est que les partisans du statu quo social se font les défenseurs du système universitaire, qui est le dissolvant politique le plus violent que contienne notre pays. L'éducation du collège jette tous les ans au milieu de la société des jeunes gens à l'esprit éveillé, sans vocation décidée, sans aptitude, ne sachant rien, mais propres à tout, particulièrement à faire des discours et à gouverner la nation. Beaucoup d'entre eux sont pauvres; les dix années d'étude qu'ils ont données à l'éducation classique les laisse sans moyen d'existence, sans même le goût du travail productif, car ils n'ont été élevés que pour la jouissance. Dans une nation aristocratique, ils deviendraient précepteurs ou parasites; dans une nation démocratique , ils n'ont d'autre ressource que d'écrire ou de conspirer. Le parti conservateur se plaint beaucoup de la presse; il prétend que tout gouvernement est impossible avec ces improvisateurs quotidiens, qui tranchent superbement les questions qu'ils ignorent, et n'ont d'éloquence que pour blâmer et accuser le pouvoir ; et en même temps il favorise autant qu'il est en lui un système d'éducation qui ne laisse à une infinité d'hommes , plus nombreux de jour en jour, d'autre moyen d'existence que la déclamation. Il est loin de notre pensée de médire de la presse , car nous sommes de ceux qu'elle a nourris ; mais nous ne pensons pas lui faire injure en disant que la facilité avec laquelle on usurpe les fonctions d'écrivain , trop souvent par nécessité , sans posséder d'autres connaissances que celles du collège, est un grand mal pour la presse et pour la société. Est-ce que le parti conservateur voudrait conserver éternellement les révolutions, une tous les dix ou quinze ans , comme moyen régulier de gouverner les peuples? Si nous gardons le système d'éducation classique, la France comptera, avani moins d'un demi-siècle , autant d'écrivains que l'Italie compte

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