LIVRE IV
l'exemple du travail : l'oisiveté ou la maladresse ne sont pas des titres au respect des populations.
Nous croyons à la possibilité de créer en nombre suffisant des instituteurs capables de présider à l'instruction réelle du peuple; mais c'est à condition que le budget de la nation se chargera de leur assurer un traitement fixe du minimum de 4 à 500 francs, ce qui le grèvera d'une somme d'environ 20 millions. Mais les besoins de l'instruction publique, de premier degré et des degrés supérieurs , s'élevassent-ils à la somme de 100 millions, ce qui pourrait bien être, cette dépense serait la plus utile et la plus productive de toutes les dépenses de l'État, car elle ferait plus que doubler la richesse etja sécurité nationales : chaque citoyen produirait alors tout ce que son intelligence et sa force lui permettraient de produire.
Mais si la réforme s'étendait jusqu'à l'instruction secondaire, si l'enseignement des réalités était substitué à l'enseignement des mots , il est impossible de prévoir tous les effets avantageux qui en résulteraient pour le pays. Fût-il seulement débarrassé de cette foule immense de génies sans emploi dont les collèges inondent la France, et qui portent leur incapacité ambitieuse jusque dans les conseils de la nation , la réforme de l'enseignement lui aurait assuré le plus grand des bienfaits : elle suffirait même en ce moment pour effacer les signes de décadence qu'impriment sur nous la misère des pauvres , l'indifférence des riches et surtout l'affaiblissement des vertus publiques et la faiblesse méprisée du pouvoir, signes accidentels, je l'espère, mais que les hommes prévoyants ne voient pas sans tristesse et même sans effroi !
Nous n'avons parlé ni de l'éducation civile et politique, ni de l'éducation religieuse. Il n'y a pas de doute que le culte de la nationalité et la connaissance des lois principales qui régissent les rapports des citoyens entre eux, font nécessairement partie de l'éducation publique , et que la religion devrait donner la sanction de ses espérances et la consolation de ses fêtes aux fatigues méritantes du travail. Par les cérémonies et les fêtes, la religion touche directement à l'économie publique, et si nous n'en avons pas parlé , c'est qu'il nous a semblé prudent de réserver ce sujet, qui est encore malheureusement un sujet de dispute. Dans la société, telle qu'elle est aujourd'hui,