CHAPITRE X
la religion est une affaire privée , un culte de famille , ce n'est pas, ce ne peut pas être un culte public, une affaire nationale. Tant que le christianisme sera à l'état de sectes ennemies, le gouvernement, averti par l'expérience, devra également protéger et surveiller toutes ces sectes, sans en embrasser une. La puissance du prêtre sur les populations est une puissance d'opinion; lorsqu'elle tombe rien ne peut la relever; lorsqu'elle existe rien ne peut la renverser. Sur plusieurs points de la France, aux environs de Paris par exemple, le prêtre est à peu près dépouillé de toute influence active sur les populations : que le gouvernement se hâte bien vité de lui substituer celle du véritable instituteur , ou c'est la barbarie qui régnera à sa place !
Dans une nation qui aurait accompli les réformes que nous avons signalées , la misère ne serait plus que ce qu'elle doit être, une exception ou un malheur, une épreuve individuelle ou un châtiment. Dans ces deux cas, la charité privée ou publique ne lui ferait pas faute. Chaque canton aurait un comité de bienfaisance, chargé de procurer des secours ou de l'ouvrage à ceux qui n'en manqueraient pas par leur faute , et d'enfermer les autres , comme les vagabonds et mendiants valides , dans un work-house , qui serait , comme ceux de l'Angleterre , un charitable asile pour les infirmes et les vieillards, et une maison de répression sévère pour les vagabonds valides. Si dure que fût alors la répression du vagabondage , elle ne mériterait pas le reproche de cruauté , qu'elle mérite à beaucoup d'égards en Angleterre, parce que, dans une société où l'économie publique serait équitablement constituée , le travail ne manquerait à personne. Mais la détention ne serait la peine que de la misère vicieuse et volontaire : l'asile de la bienfaisance publique dépendrait du choix des malheureux , excepté ceux toutefois qui sont affligés d'infirmités ou de difformités dégoûtantes ; mais l'aveugle, le vieillard valide pourraient recevoir à domicile une petite subvention et même l'autorisation de mendier : cette autorisation ne serait accordée qu'au pauvre de bonne conduite, sur lequel ne se seraient jamais élevées de plaintes. Elle serait délivrée, sur le rapport du comité de bienfaisance locale, par le comité du département, et le mendiant, pour circuler dans les communes , devrait présenter sa feuille au comité de chaque
UVB.E IV.
canton qu'il parcourt. La philanthropie n'a pas le droit, selon nous, d'interdire à un homme, parce qu'il est aveugle , pauvre et sans famille, la faculté de circuler et de jouir du grand air, encore moins de supprimer dans l'espèce humaine une vertu.
Les hospices seraient conservés , mais la population en diminuerait beaucoup chaque année, après l'accomplissement des réformes. Pour diminuer les frais de maladie ou de médicaments, les travailleurs s'associeraient par commune, par quartier ou par profession , pour payer un médecin et subvenir aux frais de la maladie. Les drogues du pharmacien seraient tarifées dans chaque canton, et une commission de médecins nommée par le juge de paix serait chargée de contrôler la pureté des substances prescrites comme médicament. Tous les biens des hospices et fondations de bienfaisance seraient veudus, et l'État en leur assurant 3 p. % du capital augmenterait leurs revenus et se donnerait en même temps la facul té de rembourser les dettes qu'il a contractées à un prix onéreux. Il ne faut pas, sous prétexte de bienfaisance, renouveler contre la société l'abus des biens de mainmorte , et donner aux hôpitaux ce que la révolution a enlevé au clergé, aux couvents et à la noblesse. La terre est le plus productif des instruments de travail 5 on ne doit pas en dérober une parcelle à ceux qui sont capables de l'utiliser directement par le travail.
Dans son rapport au roi sur les hôpitaux et hospices en 1857, M. Gasparin a signalé la mauvaise gestion des propriétés données en mainmorte à la bienfaisance. Les seuls frais de gestion , indépendamment des frais d'exploitation et de culture, s'élèvent selon M. Gasparin à 20 p. °/o du revenu, à 5,700,000 fr. ! Ce fait est un scandale. Il en coûte 20 p. % pour administrer le bien des pauvres ! Mais cela ne s'appelle plus administrer, cela s'appelle dilapider ! Que feraient les tribunaux à un tuteur qui compterait à son pupille pour simples frais de gestion, 20 p. °/0 du revenu? La vente de tous les biens des hospices, le retour de leurs forêts à l'État, ne serait pas seulement pour le pays un avantage économique , ce serait aussi un acte de haute moralité. Une nation intelligente et honnête, comme la France, ne peut pas souffrir au milieu d'elle un fait aussi scandaleux que celuilà : le bien des pauvres ne doit enrichir personne. La convention avait décrété la vente des biens des hôpitaux; îe moment