LIVRE II
tion, que rien ne distingue des agents mécaniques; le but est la production la plus abondante et la moins coûteuse; que les moyens soient des hommes ou des machines , peu importe au chef de manufacture , il doit employer tous les efforts de son intelligence pour que ces moyens fassent le plus de besogne au . meilleur marché possible , et , s'il s'endort un moment , la concurrence du chef de manufacture voisin , celle de tous les entrepreneurs du même travail , le forcera bientôt à rivaliser avec eux pour réduire les frais de la production. En divisant à l'infini les fonctions industrielles, on trouvera le moyen de faire faire à des femmes et à des enfants la besogne qui exigeait auparavant un travailleur accompli : et si la substitution de troupeaux de petits enfants à l'ouvrier adulte est funeste à la société, qu'elle attaque dans les sources mêmes de la vie, l'administrateur de capitaux n'en doit avoir aucun souci; il ne s'en aperçoit même pas, car il juge les choses du point de vue de son intérêt, qui exige le remplacement des travailleurs adultes par des fractions d'ouvriers correspondantes à l'extrême division du travail. Le chef de manufacture est libre envers la société comme envers ceux qu'il emploie. Il ne tient à ses ouvriers par aucun lien moral ; aucune réciprocité de service et de devoirs ne l'unit à eux. Il ne les considère jamais qu'en masse, confondus avec une foule d'autres objets, sous le titre de frais de production, et il s'habitue nécessairement à les traiter dans son esprit comme la matière résistante qu'il faut dompter incessamment pour en obtenir davantage. Nous faisons appel ici à la sincérité de tous les hommes engagés dans l'exploitation de l'industrie manufacturière : ils avoueront qu'ils ont besoin d'une certaine philanthropie, de quelque sollicitation du cœur, pour s'inquiéter réellement de la situation de leurs nombreux ouvriers; qu'ils ne les connaissent pas, et qu'il lie leur est jamais venu à la pensée qu'ils leur devaient autre chose que le salaire de la journée présente. L'ouvrier est devenu si peu de chose dans la grande industrie mécanique, son habileté et son intelligence ont si peu d'importance en présence des merveilleux engins qu'il dirige souvent sans les comprendre, qu'on ne lui attribue jamais la moindre part dans la prospérité de l'industrie : on se félicitera de l'activité du commerce, de la facilité des débouchés, de la sûreté des transactions; il est