‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 34 sur 314 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

rare que Ton se croie tenu à de la reconnaissance envers les agents humains de la production : a-t-on de la reconnaissance pour une machine parce qu'elle fonctionne avec précision et à peu de frais ?

Les salariés des fabriques n'ont aucune obligation, aucun devoir, les uns envers les autres, c'est-à-dire qu'il) n'existe pas de lien moral entre eux. Ils sont entassés dans les mêmes ateliers, les corps se touchent, et le tapage des métiers, l'attention physiqne qu'exige la surveillance des machines , isolent les esprits. Il n'y a parmi eux ni ouvriers, ni apprentis : il y a une foule, il n'y a pas de troupe organisée, de compagnie industrielle. Les passions seules profitent de ce rassemblement d'enfants et d'adolescents des deux sexes.

Les ouvriers sont aussi libres de devoirs envers leurs maîtres que ceux-ci le sont envers eux : ils les considèrent comme des hommes d'une classe différente, opposée et même ennemie. Ils attribuent à la cupidité des maîtres les maux qu'ils se font euxmêmes par la concurrence de leurs bras surabondants , et ceux que la fatalité des lois économiques leur inflige. Dans les pays les plus avancés , ils regardent la misère comme une oppression, et l'idée de recourir à la force pour s'en affranchir leur est déjà venue. Isolés de la nation, mis en dehors de la communauté sociale et politique, seuls avec leurs besoins et leurs misères, ils s'agitent pour sortir de cette effrayante solitude, et, comme les barbares auxquels on les a comparés, ils méditent peut-être une invasion !

Il ne s'écoule pas un seul jour sans qu'on entende parler de coalitions d'ouvriers pour obtenir la hausse ou prévenir la baisse des salaires : il y a deux mois à peine qu'une coalition universelle suspendait le travail de presque toutes les industries et menaçait la tranquillité de la capitale de la France. Un grand nombre de mutins sont arrêtés à chaque coalition, les tribunaux appliquent avec une sévérité de plus en plus grande les lois qui protègent ce qu'on appelle la liberté de l'industrie, et le monde se rendort avec une entière sécurité, persuadé, sur la foi des journaux, que tout est rentré dans l'ordre : force est restée à la loi! Telle est la conclusion de toutes les émeutes industrielles, depuis les sanglantes journées de Lyon, deux fois répétées en moins de dix ans, jusqu'à la grande agitation qui 2 4

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