‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 35 sur 314 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

a mis en Grève (1), au mois d'août dernier, tous les ouvriers de Paris. On sait que, dans toutes les branches du travail, il règne entre les ouvriers et les entrepreneurs une hostiliU: sourde qui éclate à la plus simple occasion, et chaque fois avec une violence redoublée.

L'Angleterre, le pays de la grande industrie, est aussi le pays de la guerre sociale qui se manifeste par les coalition s et, dans ces deux dernières années, par l'union des charliste:. Lechartisme a été écrasé, chaque fois qu'il s'est montré , son ; la baguette des conslables et le sabre des dragons, mais, quoique vaincu, il n'en menace pas moins la société britannique d'un danger permanent qui grossit chaque jour. Le gouvenumenl a facilement raison des charlistes quand ils mettent le fini aux maisons, mais il ne voit pas sans indifférence les rapides progrès que fait dans les classes inférieures l'esprit de révolte et de haine dont le chartisme est l'expression.

Au moment où nous écrivons, la désaffection, la séparation des deux classes, les ouvriers et les capitalistes, sont portées au plus haut point en Angleterre : c'est, de l'aveu de tous les hommes qui ont jeté les yeux sur cet état de choses , une vér: table sécession, et comme une préparation à la guerre civile ; et les troubles qui tourmentent perpétuellement l'industrie des villes manufacturières mériteraient d'avoir leur histoire.

L'habitude qu'ont en ce pays les ouvriers , de s'associer pour se secourir mutuellement, et surtout pour subvenir en commun aux frais de leur sépulture , est devenue une arme dangereuse contre le système manufacturier et presque une coalition perpétuelle : les sociétés amicales ne sont le plus souvent aujourd'hui que la caisse mutuelle des coalitions.

Toutes les industries sont organisées pour la guerre; chacune a son Union d'ouvriers, qui est perpétuellement en dispute avec les maîtres pour l'élévation ou le maintien des salaires, et qui, lorsque le refus de travail ne suffit pas, a recours aux violences, aux menaces de mort, pour intimider les chefs d'industrie. Le plus grand motif qui a déterminé le parlement

(1) Les ouvriers de Paris désignent sous l'expression faire Grève, se mettre en Grève, la suspension volontaire du travail par suite de coalition.

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