LIVRE II
conseil exécutif, dont la fabrique entière doit subir les lois (1).
A Coventry, grande fabrique de rubans, les ouvriers ont arrêté avec les maîtres des listes de salaires qui sont le sujet de perpétuelles disputes. Les ouvriers sont toujours pour le maintien des anciennes listes, les manufacturiers pour l'adoption de listes réduites, et plus d'une fois la violence est intervenue dans ces discussions. On s'adresse au parlement pour obtenir une loi de minimum des salaires, et l'on réclame l'application de la charte obtenue par les ouvriers en soie de Spitalfield pour fixer les salaires, charte aujourd'hui abandonnée : c'était un traité de paix négocié par le parlement entre les ouvriers et les maîtres, que la guerre industrielle a brisé. Rien de plus curieux à étudier que ces disputes pour les salaires, dans lesquelles les délégués des ouvriers jouent un rôle très-important. On les voit discuter avec le comité des manufacturiers et porter devant les magistrats , et jusque devant la chambre des communes , leurs griefs industriels. Les tisserands de Coventry tiennent des meetings, véritable parlement des classes laborieuses , où l'on débat les propositions des maîtres , et où l'on arrête en commun des décisions. M. Fletcher, dans son excellent rapport sur l'industrie de Coventry, a exposé l'histoire parlementaire de ces curieux débals (2). En 1851, la populace ameutée attaque une manufacture où l'on voulait essayer le tissage des rubans à la mécanique, et y met le feu. On arrête de nouvelles listes de salaires qui sont violées au bout de quelques mois. Le maire de la ville est obligé de convoquer un meeting général pour apaiser les différends élevés entre les maîtres et leurs ouvriers et maintenir la paix de la cité. En 1855, l'industrie se montrant prospère, les ouvriers exigent le rétablissement des listes de salaires, que la crise immédiate de 1856 fait abandonner. En 1858, on veut imposer aux ouvriers une réduction de six deniers sur la pièce de ruban ; les ouvriers s'y opposent , ils se coalisent, les maîtres cèdent, mais un mois après ils forcent d'accepter la réduction : les souffrances que les ouvriers avaient subies dans la dernière coalition les empêchent de résister cette
(1) Voyez Handloom TVeavers Inqniry, part. ii. — Report of M. Mittchell ( Wages in the metropolis) , p. 336-342.
(2) Ibid., part. îv. — Report of M. Fletcher, p. 198-240.