CHAPITRE V
pleine de si utiles renseignements, un caractère suspect, nous lui emprunterons un de ces récits comme elle en contient chaque semaine au sujet d'un jeune vagabond de Paris; nous donnons celui-là comme un modèle qui représente parfaitement la majorité des individus de la classe à laquelle il appartient!
« Béasse , jeune polisson de treize ans, comparaissait en police correctionnelle , sous la prévention de vagabondage. C'est sarçs doute à sa vie aventureuse et nomade qu'il doit cet aplomb précoce et cette assurance déplorable dont il fait preuve pendant le cours des débats.
M. le président. — Que faisiez-vous dans la rue , à deux heures du matin , quand on vous a arrêté?
Béasse. — Je dormais ; la nuit n'est-elle pas faite pour dormir ?
M. le président. — Mais on dort chez soi. Béasse. — Est-ce que j'ai un chez soi? RI. le président. — Vous vivez donc dans un vagabondage perpétuel ?
Béasse. — Je travaille pour gagner ma vie. M. le président. — Quel est votre état, chez qui travaillezvous ?
Béasse. — Mon état ! d'abord j'en ai trente-six au moins ; ensuite je ne travaille chez personne. Il y a déjà quelque temps que je suis à mes pièces, j'ai mes états de jour et mes états de nuit. Ainsi, par exemple, le jour, je distribue des petits imprimés gratis à tous les passants ; je cours après les diligences qui arrivent pour porter les paquets ; je fais la roue sur l'avenue de Neuilly , devant les voitures et devant les cavaliers; la nuit j'ai les spectacles, je vas ouvrir les portières, je vends des contre-marques. Est-ce que je sais tout ce que je ne fais pas ? Oh ! je suis bien occupé.
M. le président. — II vaudrait mieux pour vous être placé dans une bonne maison et y faire votre apprentissage.
Béasse. — Ah ! ouiche, une bonne maison ! un apprentissage! c'est embêtant. Et puis le bourgeois , ça grogne toujours ; ensuite pas de liberté.
M. le président. — Votre père ne vous réclame pas?
Béasse. — Plus de père.