‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 44 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

festera , on aura assez d'intelligence et de résolution pour le conjurer !

Ainsi, d'après Adam Smith, le mouvement économique tourne dans un cercle vicieux. Il est évident qu'il ne peut pas soutenir éternellement la marche rapide qu'il suivait en Amérique à la la fin du dernier siècle; on ne produit pas pour produire. «Les produits sont faits pour l'homme, comme l'a dit M. Droz, et non pas l'homme pour les produits. » Or, dans le système où est engagée l'Angleterre, produire est le but et la préoccupation exclusifs. Si nous nous rappelons la condition dans laquelle se trouvent les travailleurs anglais, et ceux de l'agriculture et aussi ceux de l'industrie, ne serons-nous pas forcés de reconnaître que l'Angleterre est déjà arrivée à la seconde période, à celle où la richesse la plus extrême se rencontre à côté de la plus extrême misère?

Le progrès est la foi et la consolation de notre temps. Mais conçoit-on que la production puisse être sans limites et qu'elle s'accroisse sans cesse ? Dans cet ordre de faits le progrès continu est impossible; il y a un équilibre matériel qu'on ne peut dépasser. Qu'on en recule le moment aussi longtemps qu'on voudra , il faudra nécessairement y arriver, et alors commencera , pour les classes inférieures , cette période difficile qu'Adam Smith a prévue.

Il répugne à notre raison de penser que la condition économique du peuple chinois soit l'avenir qui attend les peuples modernes, les peuples chrétiens. S'il était vrai qu'il y eût dans le régime économique actuel des causes qui nous poussent fatalement à un tel avenir, ne serait-il pas de la dernière importance d'étudier et de reconnaître ces causes, afin de leur substituer, si cela est possible , des forces plus intelligentes, des principes meilleurs ?

L'examen des causes du paupérisme nous apprendra peut-être quelque chose sur cette intéressante question.

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