LIVRE III
Le mouvement dure longtemps après l'impulsion qui Ta produit, Técho après le son qui Ta éveillé, L'esclavage et le servage sont heureusement détruits depuis des siècles ; et cependant nous croyons reconnaître encore dans nos sociétés la trace que ces institutions barbares y ont laissée.
Il fut un temps où l'homme était la propriété de l'homme, où l'espèce humaine était partagée en maîtres et en esclaves. Le travail imposé par la force portait alors la flétrissure qui accompagne la servitude. L'agriculture seule était quelquefois exercée par des mains libres , et pour cela elle était honorée 5 toute fonction industrielle, tout travail domestique, étaient accomplis par des esclaves ; aussi les arts manuels étaient réputés vils et infamants, indignes de l'homme et du citoyen, qui ne devait manier que les instruments de l'agriculture et les armes. II nous serait facile de citer de nombreux témoignages du mépris que les anciens avaient pour les métiers les plus utiles, pour toutes les professions de l'industrie. L'homme libre qui les exerce est indigne du litre de citoyen, et il mérite d'être assimilé aux esclaves. Xénophon , au chapitre VI des Économiques, nous donne les raisons de cet universel mépris. C'est, dit-il , que les métiers manuels, dits rê^ycu CavcLva-tKai nuisent au corps et dégradent l'âme de ceux qui les exercent. Aussi c'est pour cela que les dieux , dans leur bienveillante sagesse , ont donné des esclaves aux hommes qu"ils préfèrent, afin qu'ils fussent intelligents et beaux. Cette raison est malheureusement excusable, et, chez nous , qui possédons la religion de l'égalité et de la justice, le travail n'est pas encore purifié à nos yeux de cette antique souillure; glorieusement réhabilité en principe, il ne l'est pas toujours en fait : nous n'avons pas grande considération encore pour les martyrs de l'industrie dont le travail déforme et affaiblit le corps !
Des faits de même nature, mais plus rapprochés de nous , se sont reproduits dans la barbarie d'où notre civilisation est née. Là aussi le travail était une peine et un opprobre, l'oisiveté et l'ignorance un signe de noblesse. Grâce à nos pères, le travail est émancipé, il a conquis à force d'intelligence et de courage ses lettres de noblesse; il est devenu un droit sacré , aussi positif , aussi respecté que les droits fondés sur la conquête et transmis par le sang. L'économie politique a vu dans le travail